‹ Théâtre françaisChapitre 150 sur 184 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Monsieur et madame DE FAUBLAS.

M. DE FACBLAS.

J-"ox, madame; en un mot, c est trop me résister.

J'ai pesé mes projets , je m'y dois arrêter.

Poiivez-vo us les blâmer? Ma fortune est bornée ;

On oflV<; à votre fils un brillant hymenee ,

L'espoir d'un régiment et d'un rang ;\ la cour ;

Dois-je seul ra'opjioscr au bonheur de iMeiconr ?

Le premier pas suiUi, to:it en dépend peut-être ;

El le point important est d'approcher du maître.

Mais <lc notre maison l'avancement prochain

Exige quelque effort; je m'y resous enfin.

Ce n'est pas, après tout, un si grand sacrifice :

Melanie , au couvent depuis deux ans novice ,

Formée h la retraite en ses plus jeunes ans.

Semblait en avoir pris les goûts , les sonlimens ;

Au plan que j'ai suivi se prêtant par avance ,

Elle nous demandait le voile avec instance ;

Et dans le cloître alors trouvant tous ses plaisirs,

Y voulait pour jamais enfermer ses désirs.

D'oii naît le changement qu'aujounriuii l'on m'annonce?

A ses premiers desseins d'où vient qu'elle renonce?

S'il faut vous déclarer ce que j'en crois ici,

203 MÉLANIE

A toute émotion il semblt* inaccpsbible;

Il agit, |>ar]c , «'conte , avec un Inint égal;

PJc croit juiiiaii le bien et croit toujours le mal;

Jamais , quand il vouspaile, il ne rejîardc en face; '

Son coup-riVil vous évite, et sou souris menace ;

D'ailleurs, plein de niépi is pour tous ses concurrens,

Je sais qu'il a tenu îles dibcom-s imprudens

Sur le marquis d'«Jrce , qui l'aura su sans doute :

Pour un mot indiscret, on sait ce qu'il en coûte.

Dans J'e'tat qu'il embrasse on ne pardonne rien.

Enfin c'est à vos yeux un trésor, un soutien.

Mais quand ce Cls , objet de votre amour extrême ,

Vous aimerait amant que vous l'aimez vons-mémc;

Quand vous n'auriez conçu que l'espoir le plus sûr,

Je le redis encore , il doit ni'ètre bien dur

De voir ma Melanic ainsi sacrifiée

Languir dans l'abandon par son père oubliée ,

Et, menée en pleurant justju'au pied de l'autel;

S'imposer par son ordic un supplice éternel.

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