‹ Théâtre françaisChapitre 156 sur 184 · ACTE I, SCENE IV. ao · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. ao

Ah ! qu'on l'achève au moins, qu'on l'acliève sur l'heure. Tiaînez-moi vers l'autel... traînez-moi... que j'y meuiej C'est tout ce que l'on veut , et j'y consens.

LE CURÉ

Hëlas!

Au but qui me conduit ne vous méprenez pas. J'apporte à vos douleurs l'intérêt le plus tendre. Je puis les adoucir , si vous voulez m'entcndrc. Donnez-leur avec moi ce libre e'panchemcnt Qui pour les malheureux est un soulagement. Les consoler, ma fille, est tout mon ministère ; Vous me devez enfin regarder comme un père.

MÊLANTE , toujours égarée.

Dn père !... il m'en faut un... Que n'ai-je un père, he'Ias! Il plaindrait mes tourmens , il m'ouvrirait ses bras. Ce nom doit consoler... ce nom me désespère. Faut-il éterniser mes tourmens , ma misère, Livrer à la douleur le reste de mes jours ? Promettre de souffrir et de pleurer toujours ? Je n'en ai pas la force, et ma raison s'égare. La nature et le ciel , tout me semble barbare.

LE CURÉ

C'est que tous deux , ma fille , ont e'te' me'conuus.

Commandez un moment à vos sens éperdus,

Et d'un consolateur écoutez le langage.

Tout doit m'intêresser , votre état et votre âge.

De m'eniployer pour vous je me fais un devoir.

L'emporter sur un père est hors de mon pouvoir :

Biais je lui parlerai contre la violence...

MELÀNiE, rei'enant a elle auec transport, et S''rtant

d'une sombre distraction.

Est-il vrai .•* vous ! O ciel ! vous prenez ma défense ! Vous me le promettez! L'aurais-je pu prévoir ? Vous éloignez de moi l'horrible désespoir. Vous me l'aviez bien dit, oui , vous êtes mon père; Oui , vous me restsz seul daus la nature entière.

LE CCRÉ.

J'offre ce que je puis, des soins et des souhait»,

aoS- melanit:.

•le ri'ponds de mon zèle et n<m pas <1n succès. Il de'pendia surtout de votre coiitiaftcc. Faites de vos secieis l'exacte confidence. Permettez que ce cœur vous ose interroger; Anx'sentimenb du vôtre il n'est point étranger. Placez-vous près de moi; venez, ma cfaère fille, ( lU s'asseyent tous deux- ) Je clieris dès long-lemps voire noble famille. On m'a dii qu'elevee en ces paisibles lieux Vous y passiez des jours qui paraissaient heureux. Et que , du voile saint .H seize ans revêtue, D'aucun regret-encor vous n'étiez combattue. Votre étal vous plaisait : souvent on m'a vante' Votie zèie naissant, votre félicite.

M'a-t-oa dit vrai? parlez.

MÉLAME, devenue plus calme, et auec le ton d'une J.ristesse douce et réfléchie.

Ooi , je vons le confesse ; Cette maison, monsieur, fui chère à ma jeunesse. Je iiTy voyais fèlèe , on s'occupait de moi. Chacun de m'amuser se faisait un emploi. On détournai l mes veux de tout devoir pénible. A tant d'empressement pouvais-je être insensible, Dans un âge oii le cœur est si prompt à s'ouvrir Aux premiers senlimens qui se viennent offrir; Oii les jours sont si purs , le bonheur si facile? Je crus qu'il habitait au sein de cet asile. Je ne trouvais partout que des soins complaisans , Des e'gards recherches et des yeux caressans. Ce plaisir si flatteur d'intéresser les autres. Les préjugés d'autrui qui deviennent les nôtres , Tout ce que j'entendais du monde et de ses mœurs, Les discours sèdsisans, les tendresses des sœurs, Le penchant qui nous lie au séjour de l'enfance , Enfin l'amitié même et la reconnaissance, Tout me fit une loi d'attacher pour toujours, A ce qui m'entourait, mes deslins et mes jours.

LE CURÉ

De semblables motifs n'ont rien que d'estiaiable.

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