‹ Théâtre françaisChapitre 161 sur 184 · M05VAL · texte numérisé non relu

M05VAL

Pouvez-vous me traiter avec tant d'injustice ?

Quand je suis au moment du plus cruel supplice ,

Pensez-vous que j'embrasse avec présomption

Du bonheur d'être aime la douce illusion ?

Rien ne m'occupe ici , non , rien que IVlclanic.

Il s'agit de son sort , il s'agit de sa vie ,

Et non pas d'un amour trop inutile, helas !

Je n'en parlerai plus , vous ne le voulez pas ;

Mais qu'elle ne soit point esclave , infortunée.

Sans raison , dites-vous , je plains sa destinée.

Cro3Cz que sur ce point on ne peut me tromper j

Que rien h mes regards ne pouvait e'chapper ;

Que j'ai vu de ses maux les secrètes atteintes,

Et qu'au fond de mon cœur j'entends toujours ses plaintes.

Je n'ensuis que trop sûr; elle soiiffie et gémit.

\ ous-nième (pardonnez) quoi que vous ayez dit ,

Vous-même , je le vois , vous ge'missez comme elle.

Vous ctoufl'cz en vain la douleur maternelle.

Pourquoi vouloir tromper votre cœur et le mien?

Reunissons nos maux , qu'ils'soient notre entrelien.

Un tyranniquc cpoux vous défend d'être mère.

Eh ! soyez- le avec moi.

Mad. DE FAUBLAS.

Que prc tendez-vous faire ?

Vous voyez mes chagrins; pourquoi donc les aigrir? Mon val , mon cher Monval, ils me feront mourir. De monsieur de Faublas l'humeur est inflexible. A la fortune seule il se montre sensible; Elle est le seul objet dont il paraisse épris , Et le coeur est un mot qu'il n'a jamais compris. ]Non qu'il soit né méchant; il est dur et sévère. Il l'est par son état et par son caractère. De calculs d'intéiêt il est tout occupé, El de tous nos chagrins il est bien peu frappé.

2i8 MELANIE.

11 n'y voit rien qu'erreur, que faiblesse, qu'enfance^ Ce n'est qu'à ses projets qu'il voit de l'importance. Autant qu'on le pouvait, je les ai combattus; Je m'y suis opposée; et que puis-je de plus ? Faut-il que la discorde entre nous se signale ? Que je donne au public des scènes de scandale ? Que je me fasse en vain un monde d'ennemis Dans un parti puissant qui protège mon fils ? INIon fils ! A quel eflbrt ma douleur m'a force'e ! Devant lui sans succès je me suis abaissée. Je l'avais conjure de parler pour sa sœur. Sa réponse équivoque et sa fausse douceur, Ses protestations de zèle et de tendresses, Ses regards aflectès et ses froides promesses , M'ont inspire pour lui dans cette occasion Plus de mépris encor que d'indignation.

Je n'ai rien obtenu , ni du fils , ni du père.

MONVAL

Le plus coupable cncor c'est cet indigne frère. Lui seul jouit du mal que pour lui l'on commet; Son livmen , sa fortune est le pris d'un forfait. Il s'enrichit des pleurs de sa sœur qu'on opprime; 11 s'en repaît; il boit le sang de la victime. Et c'est un frère! ô ciel! lui que vous implorez!.. Existe-t-il des cœurs ainsi dcnalurcs ?

Et... vicnl-il contempler cette fête cruelle?

Mad. DE FAtBLAS.

Ah! vous me rappelez une alarme nouvelle. D'Orcè doit s'y trouver, d'Orcè qui de mon fils A senti d'autant plus les orgueilleux mépris, Que lui-mèuie a long-temps brigue' cet hyméncc , Qui de l'heureux Meicour fonde la destinée. Un doit haïr sans doute un rival , un vaiuqucur Qui joint à ses succès l'insulte et la hauieur. Leur rencontre en ces lieux pourrait cire funeste. Mais vous, qui vous amène et quel espoir vous reste? Pourquoi venir clierclier ce spectacle odieux?

MONVAL

Je veux de mon mqlhcur m'assurer par mes yeux,

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