‹ Théâtre françaisChapitre 165 sur 184 · ACTE II , SCÈNE IV. m · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE IV. m

Et sans vous accuser déplorait son malheur :

De toutes les vertus le geraie est dans son cœur.

Sons les yeux paternels ce germe s'en va croître;

Ah! ne IViourtez pas dans les ennuis du cloître.

Pourquoi vous refuser la douceur d'en jouir?

Loin de le cultiver, pourquoi Tensevelir ?

Votre (ille en naissant enlevée h son père , «

Si vous la connaissiez, vous deviendrait plus chère.

Elle va flevant vous paraître toute en pleurs ;

Vous ne soutiendrez point l'aspect de ses douleurs.

Elle a pour le couvent une invincible haine ;

Et n'imaginez pas que le temps la ramène.

Cette lioneurest trop forte , et c'est un sentiment

Dans le fond de son cœur grave' profondément.

Ce zèle qui du monde à jamais nous sépare,

Est peut-être du ciel le présent le plus rare.

Quand vous verrez ses jours au désespoir livres ,

Vous en serez la cause , et vous en ge'mirez.

Il ne sera plus temps.

M. DE FAUBLAS

Je ne saurais comprendre Les soins inopine's quHcf^vous daignez prendre. Je vous avais prie de raflermir un cœur Dont j'ai vu tout-à-coiip s'affaiblir la ferveur , Et non de m'occuper de ses douleurs timides. Il faut entre nous deux des discours plus solides. Il faudrait des raisons.. .

LE CURÉ

Des raisons ! Vous pensez Que je puis contre vous n'en pas avoir assez ! Vous ! ministre de» lois , dont l'autorité sainte Annulle tous les vœux, formes par la contrainte , Organe des arrêts de leur temple e'manes , Osez-vous faire ici ce que vous condamnez? - A votre tribunal que tout autre en appelle; Il tiouvera dans vous nn magistrat tidèle : Contre l'oppression vous serez son appui, Vous agirez en juge ; et jusques aujourd'hui Vous avez soutenu ce caractère auguste.

jai ÎMLLANIE.

Pour votre fille seule allez-vous être injuste ?

De tous vos jugeniens comptable ù l'cqiiite ,

Croyez-vous de ce droit votre sang excepte?

Si les Ifiis ont aux vœux mis un frein salutaire ,

Croycz-votis donc le cie! moins juste qne la terre ?

Pensez-vous qu'il reçoive un hommage force'?

()u'il bénisse un tribut dont il est offense ?

Eh ! le vœu le plus libre et le plus volontaire

Au Dieu qui prévoit tout peut sembler téméraire ;

Peui-êire qu'il faudrait que l'homme , le chiéiiou

Demandât tout au ciel , et ne lui promît rien.

Dans nfiS livres sacrés, la céleste vengeance (i)

Confond deux fois des vœux la coupable imprudence :

Dans Jephté , dans Saiil , nous la voyons punir

Ce souhait orgueilleux d'enchaîner l'avenir.

Leur vœu devient un crime, et leur succès un piège.

L'un se rend panicide , et l'autre sacrilège.

Tant le ciel veut apprendre aux aveugles humains

A ne point prononcer sur leurs propres deslins '.

Ces héros des déserts , ces premiers cénobites

Vivaient unis entr'eux sous des règles prescrites.

Le travail, la piière , occi'paient leurs instans.

Ils étaient des forets les libres habitans.

Libres , ils préféraient leur reiiaitc profonde,

Leur cabùne rustique , aux volontés du monde j

Et rien ne cimentait cette société ,

Que les liens dj> zèle et de la piété.

Eh bien! qu'à cet exemple ou forme des asiles :

Qu'on ouvre, si l'on veut , des druieures tranquilles

Au mortel gémissant que le sort a frappé ,

Au repentir qui pleure , au vieillard détrompé.

Maish'in de nous des vœux 'a chaîne d..i)g!"reuse.

Tombez, portes de fer , bairièie injurieuse;

(i) Il faut obscfver que les vœux sont un point de discipline , et non de doctrine, sur lequel on peut, par conséq!ient , avoir un avis; et que d'ailleurs un ouvrage de théâtre ne doit pas se juger comme un ouvrage de théologie.

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