SCÈNE VI
MONSIEUR ET MADAME DE FAUBLAS , MÉLANIE , et un moment après IMDINVAL.
M. DE FAUBLAS
Approchez, madame, et soyez satisfaite.
Vons êtes bien servie , il le faut avouer j Et de voire pasteur vous devez vous louer. Il signale pour vous raniiticla plus vive; lia tout employé jusques à l'invective:
Je dois tout à vos soins et je les reconnais; Et vous allez en voir la suite et le succès.
( yl Mélanie.) Ma volonté , ma fille , est assez annoncée. La moitié de ce jour n'est pas encor passe'e ; Il vous reste un moment , il faut en profiter Pour recueillir vos sens et pour les surmonter; Piiur ;ouractire à la voix d'un Dieu qui vous appelle, Ce cœnr qui fut long-temps et docile et fidèle. S'il a cessfrde l'être et semble chanceler , Moi, je ne change point, rien ne peut m' ébranler. Vous-même avez choisi cette sainte demeure ; Et, pour vous y fixer, le ciel a marque l'iieure. Vous devez désormais y borner tous vos vœux.
( A Monwal, qui entre en tremblant. ) Je conçois quel dessein vous amène en ces lieux. Malgré tous vos efforts rien n'a changé de face ; Vous pouvez à l'église aller prendre une place.
MÉLANIE
Monval!... ma mère!
Mad. DE FATJBLAS.
Hélas ! ma fille ! to gémis !
MONVAL , h Mad. de Faublas , a demi-voix. Madame... et c'est donc là ce que l'on m'a promis ?
mélame. îMon père , voire voix m'accable et m'cpouvnnte , Pardonnez... devant vous vous me voyez trcmbiaiitc. Votre ton, vos discours , m'inspirent plus d'ellroi Que ces vœux si cruels qu'on exige de moi. Je vois trop qu'à vos veux je suis une étrangère : Ce cceur, qui m'est ferme, ne s'ouvre qu'à mon frcie. Qu'il uie soit préfère, je ne demande rieu ; Ma dépouille est h lui , donnez-lui tout mon bien ; Qu'il soit, puisqu'on le veut, l'espoir de sa famille : Mais pourquoi loin de vous exiler votre fille? Des droits de ma naissance, à mon fiére transmis. Qu'un seul me reste au moins et qu'il me soit permis D'habiter pi es de vous le toit où je suis née. Pourquoi de mes parens serais-je abandonnée ? Je n'ai j'isques ici que trop vécu loin d'eux. Helas ! de tous mes maux le principe odieux C'est cet eloignement qui, depuis ma naissance, A vos yeux, à vos soins déroba mon enfance. \'olre sang aujourd'hui ne peut plus vous loucher. Fant-il ([ue de vos bras on ail pu m'arracher ? Faut-il que cette absence, et si longue et si dure, Ait eflace les traits qu'imprime la nature? Que ma voix, que mes pleurs, les rappellent en vous. G mon père .' mon père !. . . Eh ! quoi ! ce nom si doux Pour moi seule à jamais doit-il être terrible? Au cri de ma doideur cles-vous insensible?. . . J'ciubrasse vos genoux. .. ne m'en repoussez pas. Piecevez-cuoi chez vous : daignez , daignez, helas! ]Ne point y rebuter les soins de ma tendresse; Que ma uièie avec vous les partage sans cesse: Et vos veux à me voir pourront s'accoutumer; Vous pourrez me souflVir, et peut-être m'aiiner; Oui , m'ainier. . . est-ce donc un cllort pour un père?
M. DE FAUBLAS
Levez-vous. En tout temps vous m'avez e'te chère. Vous pourrez adoucir ce chagrin passager ; Mais mon sort tient au vôtre , et ne peul pins changer. Calmez -vous, et cessez de vouloir l'impossible.