‹ Théâtre françaisChapitre 30 sur 184 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Egalez son courage ; osez braver iin roi. Mon amanic, occupée à Ueiubler pour ma vie , Pourra- i-elle pour moi moins que mon ennemie ? Allez : et, des Anglais ranimant la valenr , Signalez , à leurs yeux , ma femme et mou vengeur.

ELISABETH

Ta femme veut sauver Warwiclc et la patrie • Tu les perds tous les deux : ton aveugle furie Te cache un précipice h tes pas présente' , Et chez tes ennemis tu vois ta sûreté ? Marguerite te sert! Oses-tu bien l'en croire? Penses-tu m'éblouir du tableau de sa gloire? La crois-tu re'solue h te garder sa foi , Elle qui n'eut jamais que Tintérèt pour loi • Elle qui, tour à tour magnanime et cruelle', En servant son époux , en vengeant sa querelle , Porlaitsur ses parens son bras ensanglanté, Et mêlait la gr;indeur à la férocité ! Quoi.' désormais Lancastre est ta seule espérance' Toi , du sang des Yorck appui des leur enfance , Rappeler sur ce trône, heureusement rempli Une femme implacable , un vieillard avili ! ■Changer à tous momcns d'amis et d'adversaires ! Combattre et soutenir les deux partis contraires ! Crois-moi , c'est étaler aux yeux de l'avenir Une légècctt dont tu devrais rougir.

Si le parti d'Yorck t'a paru le plus juste , Persiste dans ton choix, tu le rends pics anguslc. C'est en vain qu'Edouard eut des torts avec toi ; Couvre de tes vertus les défauts de ton roi ; Et, lui vouant toujours tes soins et ton hommage, Honore , an moins pour toi , ce qui fut ton ouvrage : Répare des affronts qu'il n'a pas dû souffrir : T'abaisser devant lui , ce n'est point te flétrir. Lni-mèmc il a paru commander à sa flamme ; Un roi fait le premier cet effort sur son ame , Et le sujet balance !

WARWICK

Eb ! qu'a-t-il fait enfin ?

43 WARWICK

A son indigne amonr il a mis quelque frein : Le iacrificc est £;iand ! luais moi qu'il di-slionorc , Qu'il a mis dans les fers où je languis encore, Qu'il trahit , qu'il insulte et flétrit tour h tour , Si je ne suis Tcngt , je perds tout sans retour. Peut-être que l'on peut , maître de »a vengeance. D'un ennemi vaincu dédaigner l'impuissance j Peut-être l'ou prc*fère , avec quelque plaisir , L'orgueil de pardonner à l'orgueil de punir : Mais signer un accord qu'arrache la contrainte; Céder h la menace , obéir à la crainte ; Aller comme un esclave e'chappê de ses fers , Demander le pardon des maux qu'on a soufferts ! K'attendcz pas de moi cet effort impossible. Dans mon abaissement je suis plus inflexible. Je vois tout mon outrage, et je hais sans retour. Laissez-moi cette haine , ou m'arrachez le jour,

ÉLISABETH

Eh bien ! c'en est donc fait .' et ton ame barbare En croit aveuglement cet orgueil qui l'égaré. Ni la voix de l'amour , ni l'espoir d'être à moi , Mes craintes, mes douleurs, ne peuvent rien sur toi. Tu brûles d'assouvir ta fureur meurtrière : Tu voudrais de tes mains embraser l'Angleterre Va , nage dans le sang ; va , je ne combats plus Cet orgueil insensé qui flétrit tes vertus. Va , cruel , va chercher ries triomphes coupables ; Couvre-toi de lauiiersà mes yeux méprisables; Va , cours plonger ton bras dans le sein de ton roi : Mais apprends qu'à ce prix je ne puis être à toi. Je ne recevrai point dans celte main tremblante La main d'un furieux de carnage fumante. La mienne , loin de toi, va finir mes malheurs, Expier dans mon sang mes funestes erreurs. C'en est fait; et je veux , h mon heure suprême , Maudire, en expirant , Edouard , et toi-même; Le sort , le sort afi'rcux qui m'accable aujourd'hui, Et l'amant plus criiel, plus barbare que lui.

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