ACTE I , SCENE IV
Ou 1110 nomme Pyrrhus : je siiis le filscrAcliille ; Je suis ne dans Scyros , et retourne à cette île. Vous savez tout;
PHILOCTÈTE
O fils d'un mortel renomme , D'un héros que jadis mon cœur a tant aime ! O du vieux Lycomède et l'élève et la joie ! De quels bords venez-vous ?
PYRRHUS
Des rivages de Troie.
PHILOCTÈTE
Comment! vous n'étiez point au nombre des guerriers Qui contre ses remparts marchèrent les premiers?
PYRRHUS
Vous-même, en étiez-vous ?
PHILOCTÈTE
Vous ijînorez peut-être Quel mortel devant vous le destin fait paraître. PYRRHUS, à part.
(Haut.) Il faut dissimuler. » D'où pnis-je le savoir ? Pour la première fois nous venons de vous voir.
PHILOCTÈTE
Quoi ! mon nom , mes revers , ma funeste aventure...
PYRRHUS
Je n'en ai rien appris.
O comble de l'injure!
Eh bien ! suis-je en effet assez infortune , Des dieux et des mortels assez abandonne' ? La Grèce de mes maux n'est pas même informée j On en étouffe ainsi jusqu'à la renommée j Et quand le mal affreux dont je suis consumé Devient plus dévorant et plus envenimé , Mes lâches oppresseurs , dans leur sccréle joie ,
^ PHILOCrÈTE.
Insultent aux tommcns dont iU m'ont fait la proie.
O mon l'il» ! vous vo\ ei dciaiss»; dans Leranos
Ce giieiii'"!-, antiefois compaçinon d'un héros,
Iniiiih- hiriticr des traits dn sjiand Alcide,
Philocièie. en un nvt , que l'un et l'autre Atiide ,
ExtilL-s par Ulysse h cette lâcheté , ^
Ont, seul cl sans secours, dans celle île jeté.
Blesse par un serpent de qui ia dcut impure
M'iufi-cta des poisons d'une horrible morsure.
Les cruels !.. De Chrysa vers les bords Phrygiens
La victoire appelait leurs vaisseaux et les miens.
]Nous touchons à Lemnos ! accable du voyage.
Le sommeil me surpiend sous un antre sauvage.
On saisit cet instant, on m'abandonne, on i.arl :
On part , eu me laissant , par un reste d'ef.!ard ,
Quelques vases grossiers, quehiue vile pàuiio;
Des voiles decliires , pour scclier ma blessure ;
Q lelques land)caux , rebut du dernier des humains :
Puisse Alride éprouver de semblables deslins.'
Quel réveil.' quel moment de surprise el d\il;amcs !
Que d'imirt cations! que de cris et de larmes!
Lorsqu'en ouvrant les yeux , je vis fuir mes vaisseaux,
Que loin de moi les venis emportaient sur les eaux;
Lorsque je me vis seul sur cette plage a.ide ,
Sans appui dans mes maux, sans compagnon, sans guide !
Jclanl de tout côte des regards de doideur ,
Je ne vis qu'un désert, helas ! et le maliieur;
Tout ce qu'on m'a laisse, le desespoir, la lageî....
Le temps accrut ainsi mes maux et mon outrage.
J'appris h soutenir mes miseiables jours.
Mou arc, entre mes mains seul et dernier recours,
Servir h me nourrir i et lorsiiu'un trait '.ipide
Faisait du haut des airs toud)cr l'oiseau liu.ide ,
Souvent il me fallait, pour aller le chercher,
D'un pied faible et soufl'.ant g avir sur le rocher,
Me traîner eu rampant vers ma chetive proie j
Il fallait employer cette pei<il.lc voie
Pour biiser des rameaux, el poir v recuedhr
Le feu que des cailloux mes mains fiisaieni j lillir.
Dcj glaçons dor.l Vh'ncï blanchissait ce rivage