‹ Théâtre françaisChapitre 48 sur 184 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

La mort a respecté le rebut de l'année ; Les héros ne sont plus: aux lui hos , aux pervers , Les Dieux semblcul fermer les portes des enfers ^ Aux plus graods des humains ils en ouvrent la route. Ulysse est donc vivant!. . . et Thersite sans doute. Voilà , voilà les dieux; et nous les adorons !

l'Y^RHUS.

Pour moi je vons l'ai dit : lassé de tant d'afl'ronts , Je m'éloigne à jamais d'une odieuse armée Oii la vertu rougit par la brigue opprimée. Scyros est pour mou cœur un séjour assez doux 5 Et toujours la p.itrie à des charmes pour nous. Puisse des Dieux fléchis la bonté tutélaire Guérir les maux affreux que vous fit leur colère! Tels sont, fils de Pœan , tels sont les justes vœux Que Pyrrhus en partant peut joindre à ses adieux,

PHILOCTÈTE

Vous partez !

PTr.RHUS.

Il le faut , et mes vaisseaux n'attendent Que l'iustant d'obéir aux vents qui nous commandent.

PHILOCTÈTE

Ah! par les immortels de qui tu tiens le jour ,

Par tout ce qui jamais fut cher à ton amour,

Par les mânes d'Achille et l'ombre de ta mère ,

Mon fils , je t'en conjure, écoute ma prière :

Ne me laisse pas seul en proie au dése.-poir,

En proie Ji tous les maux que tes yeux peuvent voir :

Cher Pyrrlms , tire-moi des lieux oii ma misère

M'a long-temps séparé de la nature entière.

C'est te charger, lielasîd'un bien triste fardeau,

Je ne l'ignore pas : l'eflort sera plus beau

De m'avoir supporté : toi seul en étais digne;

Et de m'abandonner la honte est trop insigne ;

Tu n'en es pas capable : il n'est que des grands cœurs

Qui sentent la pitié qiie l'on doit aux malheurs ,

Qui sentent d'nn bienfait le plaisir et la gloire.

11 sera gloiieux , si tu da-gnes m'en croire.

D'avoir pu me sauver de ce fatal séjour ;

to PHILOCTÈIE.

J'usqu'aux vallons J'OEta le trajet est d'un jour.

Jeitc-moi dans un coin du vaisseau qui le porte,

A la poupe, h la proue, où tu voudras, n'importe.

Je t'en conjure encore , et j'atteste les dieux :

Le mortel suppliant est sacre' devant eux.

Je tombe à tes genoux , ô mon fils ! je les presse ,

D'un eflbrt douloureux qui coûte h ma faiblesse.

Que j'obtienne de loi la fin de mes tourmens ;

Accorde celle grâce k mes geiuisscmens.

Mène-moi dans TEiibee , ou bien dans ta patrie :

Le chemin n'est pas long à la rive cbe'rie

Oii j"ai reçu le jour, aux bords du î>pcrcbius;

Bords charmans , et pour moi depuis long-temps perdus.

Mène-moi vers Pœan : rends un fils à son père.

Eh! que je crains, ô ciel! que la parque sévère

De ses ans, loin de moi, n'ait termine le cours!

J'ai fait plus d'une fois demander ses secours:

Mais il est mort sans doute; ou ceux de qui le zèle

Lui devait de mon sort porter l'avis fidèle ,

A peine en leur pays , ont bien vile oublie

Les sermcns qu'avait faits leur trompeuse piiie'.

Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir réside 5

Sois mon libérateur ; ô Pyrrhus , sois mon guide!

Considère le sort des fragiles humains:

Eh ! qui peut un moment compter sur les destins?

Tel repousse aujourd'hui la misère importune ,

Qui tombera demain dans la même infortune.

Il est beau de prévoir ces retours dangereux ,

El d"ctre bienfaisant alors qu'on est heureux.

PYRRHUS

A la voix du malheur pourrais-je être insensible? Non, vous m'avez rendu le refus impossible. Je cède à vos désirs : venez sur mes vaisseaux. Que le ciel , qui par moi veut termiticr vos maux, Accorde un vent propice h votre impatience. Et nous conduise au port où tend votre espérance.

PHILOCTÈTE

Jour heureux! cher Pyrrhus ; vous , compagnons cIk 1 is, O Grecs ! dans les transports de mes sens attendris ,

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