‹ Théâtre françaisChapitre 49 sur 184 · ACTE I , SCÈNE IV. ^i · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE IV. ^i

Que Qia reconnaissance an moins se fasse entendre.

Pour nn si grand bienfait d'ailleurs que ptiis-je rendre?

Souffrez que Philoctcte , abandonnant ce Jieu ,

A cet asile encor dise un dernier adieu.

Ma grotte , après dix ans , me doit être sacrée.

Venez voir ma demeure obscure et resserrée ,

Et connaissez quels maux vous daiîtnez secourir 5

Vous ne pourrez Jes voir, et j'ai pu les souffrir.

Et la nécessite, des lois la plus sévère ,

M'a rendu bien souvent cette caverne chère. •

PYRRHUS

Je ne m'oppose pas à de si justes soins ; Prenez tout ce qui peut servira vos besoins.

PHILOCTÈTE

EIi ! que puis- je emporter ? qu'est-ce que je possède? Des plantes de ces bords , seul et faible remède Dont l'effet passager assoupit mes douleurs. Mes seuls biens sont mon arc et mes traits destructeurs.

PYRRHUS

Ah! sans doute ce sont les flèches redoutées <^ue de son sang impur l'Hvdre avait infectées.

PHILOCTÈTE

Oui, je n'ai point d'autre arme; et que puissent lescieux Ne m'cnlever jamais ce trésor précieux !

PYRRHUS

Puis-je toucher au moins ces armes rc'vere'es, Que jadis d'un héros les mains ont consacrées? Puis-je les regarder d'un œil religieux?

PHILOCTÈTE

Ah ! sur moi, mon cher fds , tu peux ce que tu veux.

PYRRHUS

Rejetez , s'il le faut, ma prière timide, Et ne profanez point l'héritage d'Alcide.

PHILOCTÈTE

Ta pieté me charme j hclas! n'est-ce pas toi Qui me rends h la vie, à ma famille, h moi ; Qui daignes sur ces bords, où chaque instant me lue,

7» PHILOCTÉTË.

Relever ma luistic à les pieds abattue ?

ïii trompes 1rs fureurs de mes vils ennemis:

J'étais mort en ces lieux j tu parai», je r-evis.

Prends sur moi désormais une entière puissance :

Le plaisir des bons cœurs est la reconnaissance.

Cet arc, qui fut jadis un don de l'amitié,

Pour piix de tes vertus te sera confie.

Tu dois h tes bienfaits ce noble privile'gc;

Nul n'y porta jamais une main sacrilège;

Nul , sans craindre la mort, n'osa s'en approcher :

Viens : toi seul des mortels auras pu le toucher.

Allons. . . Ciel !... ô douleurs!

PYRRHUS

Quelle soudaine atteinte , Seigneur, de votre sein arrache celte plainte ?

PHILOCTÈTE

Hien... je te suis... ah! dieux!

PYRRHUS

Que leur demandez- vons ?

PHILOCTÈTE

De nous ouvrir la route et de veiller sur nous. Dieux !

Vous déguisez mal le trouble qui vous presse.

PHILOCTÈTE

Non, je reviens à moi; pardonne à ma faiblesse. Marchons... ali ! je ne puis.

PYRRHUS

Comment?

PHILOCTÈTE

Il n'est plus temps De te cacher encor de si cruels lourniens. Non , c'est trop, c'est en vain dissimuler mes peines. Le poison se répand dans mes brûlantes veines. Mon fils , avec le fer termine mes douleurs; Tranche, tranche mes jours... frappe, dis-jc, je œcur», Je meurs à chaque iuslant.

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