ACTE 11 , SCENE
Coupable si je parle , el vil si je me tais.
PHILOCTÈTE
Tu veux m'abandonner • ton cœur se le propose : Tu veux partir sans moi.
PYRRHUS
Non , mais si je m'expo>e A me'riter de vous des reproches plus vrais ? Même en vous emmenant, si je vous trahissais?
PHII-OCTÈTK.
Toi!... que veux-tu me dire ? explique ce mystère.
PYRRHUS
Eh bien ! sachez donc tout : je ne puis plus rien laiic.
PHILOCTÈTE
Comment ?
PYRRHUS
Pour Ilion vous partez avec moi.
PHILOCTÈTE
Qu'as-tu dit? juste ciel!
PYRRHUS
Daignez euteudre. . .
PHILOCTÈTE
Eli quoi ?
Que veux-tu que j'écoute, et que pietends-Ui faire?
PYRRHIjS. r
A vos pénibles maux pour jamais vous soustraire; Vous guérir , et bientôt partager avec vous Un honneur que les dieux n'ont réservé qu'à nous. Sous vos coups , sous les miens, ils feront tomber Troie.
PHILOCTÈTE
Ce sont là tes desseins ?
PYRRHUS
Oui , le ciel qui m'envoie Du .soin de les remplir nous a chargés tous deux.
Je suis trahi, perdu ; qu'as- tu fait , malheuieux ?
7 s PHILOCTETE.
Pyrrhus, est-il bien vrai ? rends-moi, rends-moi mes armes.
PYRRHUS
Je ne le puis , seigneur; et la Grèce en alarmes IN'e saurait aujourd'hui voir changer ses destins Que par ces traits puissans remis entre mes mains. Je lui «lois obéir ; et je veux bien pour elle Oublier, je l'avoue , une injure cruelle : ]\Ion cœur, qui s'en plaignait, ne vous a point de'ca j Mais j'iaimole à l'état l'affront que j'ai reçu. Imitez mou exemple.
PHILOCTETE.
O trahison ! ô rage î Quoi ! tu me préparais cet exécrable outrage! Lâche, tu m'as séduit par d'indignes détours. Pour ni'ciilevcr ainsi le soutien de mes jours! Et lorsque tu trahis la foi qui m'était due , Tu peux me regarder et soutenir ma vue! Tromper nn suppliant qui gcmit h tes pieds! Rends-moi , rend^-iiioi ces traits que je l'ai confies. Tu ne pcnx les garder : c'est mon bien , c'est ma vie; Et ma crédulité doil-clle être punie?
Bongis d'en abuser... an nom de tous les dieux... Tu ne me reponds rien! lu detonrnes les yeux! Je ne puis le fléchir!... ô rochers î ô riv.Tç^cs ! Vous , mes seuls compagnons , ô vous , monstres sanvages ! ( Car je n'ai plus que vous h qui ma voix , hr'lasî Puisse adresser des vœux que l'on n'écoute pas j) Témoins accoutumes de ma plainte inuiile , Voyez ce que m'a fait le fils du grand Achille. Il promet de m'ôter de ces tristes climats: Il jure qu'à mon père il conduira mes pas ; Et quand il me flattait de cette fausse joie. Le perfide , c'c'tait pour me conduire h Troie. Il consolait un cœur qu'il cherchait à frapper j Sa main touche la mienne, et c'est pour me tromper. Il ose me ravir mes flèches hrjmicidcs , Pour en faire un trophée aux iii»i)lens Atrides ! Il triomphe de moi , comme s'il m'eût dompte ! Il ae s'aperçoit pas, dans ma calamité ,