‹ Théâtre françaisChapitre 56 sur 184 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PHILOCTÈTE, PYRRHUS, ULYSSE, scte de

SOLDATS

TLTSSE , ariwant auec précipitation.

Ql'attendez-tocs , perfide ?

Remeltez-moi ces traits.

PHILOCTÈTE

C'est Ulysse , grands dieux !

ULYSSE

Lui-même.

PHILOCTÈTE

Ciel ! où suis-je * Ulysse dans ces lieux ! Ah ! lui seul a tout fuit : ce cruel ailifice , Tout cet allieux complot est l'ouvrage d'Ulysse. Mes armes .' c'en est trop , mes armes.'...

ULTSSE.

. Non, Pvrrliu»

Sait respecter des Grecs les ordres absolus. Ces armes sont à nous , il ne peut vous les rendre. Vous, rnaichez sur nos pas : c'est trop vous en défendre • Ne vous obstinez plus h résister aux dieux. Ou je vous fuis sur l'heure enlever de ces lieux.

PHILOCTÈTE

Tu me menaces , traître!... O Lemnos , mon asile.' Feux sacres de Vulcain allumes dans cette île! Vous , mes seuls protecteurs , ô dieux de ces climats , Vous voyez cet outrage et ne me vengez pas !

LLYSSE.

Jupiter est leur maître j et c'est lui qui m'amène.

PHILOCTÈTE

Ainsi tu fais les dieux complices de ta haine Artisans du parjure et de l'iniquité !

l'LYSSE.

Te vous parle en leur nom ; suivez leur volonté.

\C rE II , SCENE III. 8^1

phtloctète.

Penscs-tu donc traiter Philoctète en esclave ?

ULYSSE

Je le traite en guerrier et généreux et brave , En dis;nc compagnon de tant de rois fameux , Qui doit renverser Troie et triompher comme eux. Ne fuyez point la gloire à vos regards offerte : Venez , le ciel l'ordonne , et la route est ouverte.

philoctè:te.

Tant que cet antre obscur pourra me recevoir , ,

De m'arracber d'ici rien n'aura le pouvoir. Oui , j'aime mieux mourir; du haut de cette roche J'aime mieux à l'instant...

ULYSSE , aux Soldats.

Gardez qu'il en approche 5 Prëservcz-le , soldats , de sa propre fureur.

(Les soldats eni'ironnent Philoctète).

PHILOCTÈTE

O comble de l'opprobre , ainsi que de l'horreur !

O bras jadis à craindre , aujourd'hui sans défense !

Du plus vil des mortels je recois cette offense!

Lâche , qui ne connais ni remords , ni pudeur ,

De ce jeune héros tu séduis la candeur.

Son ame noble et pure , et semblable h la mienne ,

N'était pas faite, hélas ! pour imiter la tienne.

11 déteste en secret les complots qu'il servit ;

Sa faiblesse docile K regret t'obéit.

Son cœur s<;nsiblc et bon , dont j'entends le murmure,

Se reproche It présent sa fraude et mon injure.

A ton fatal génie il ne peut échapper 5

Et toi seul , en un mot, sus l'instruire h tromper.

Et maintenant encor , pour combler tes outrages ,

Tu prétends m'enlever de ces mêmes rivages

Oii tu m'abandonnas , où je suis délaissé ,

Du nombre des vivans dès long-temps effacé.

A.h.' que puissent les dieux... Que dis-je, misérable !

Les dieux s'occupent-iis de mon sort déplorable .

Et pourquoi répéter trop vainement , hélas !

8^ PHILOCTÈTE

Ces l'mpre'caiions rjne le ciel n'entend pas ?

Ses rigueurs sont pour moi, ses faveurs pour Ulysse

i 11 tnomph,.s , cniel , et ris de mon supplice '

Ma doulciu- fait la joie ; et ta prospérité

t.st lin adront de plus h ma calamité.

> a , va t'en rqouir avec tes chers Atridps

Vante leur le succès de tes ruses perfides.

JWaJgre lo. cependant tu suivis leurs drapeaux ,

landisqu à leur secours j'ai conduit mes vaisseaux

I s i.rod.guent pour toi leurs biens et leur puissance :

II m ont abandonne- : voilà ma recompense. l)u moms tu les chargeas de ce crime honteux, t.t toi-meme h ton tour en es charge par eux

Mais , dis- moi, que veux-tu ? pourquoi dans sa retraite . i-ourquoi dans son tombeau troubles-tu Philoctèle ' Je suis mort pour la Grèce ; et comment h les yeux i>e suis-je plus un poids incommode , odieux , Oflcnsant les autels de ma présente impure , L'horreur .le tout un camp souille par m.-: 'blessure ? Celaient là les discours... barbare, si les dieux S»ont justes une fois ; s'ils exaucent mes vœux... Et je vois qu'ils le sonl j je vois qu'ils vous punissent - Leurs re.loutables mains sur vous s'appesantissent. De quelque trait fatal si vous n'étiez ftappes, A me chercher ici scriez-vous occupes ? Eh bien! égale enfin le si.pjjjice à roflcnse , Ciel , qui m'as si long-iemps refuse la vengeance ! De mes longues douleurs entends le dernier cri; Extermine les Grecs, et je me crois guéri.

TLTSSE.

Aux transports violens d'une aveugle furie

Je n'oppose .pi'uu mot; j'ai servi la patrie.

C'est l.-i mon serd honneur ; c'est là mon seul devoir.

Sur le.^ cœins quelquefois ma voix cul du pouvoir;

Mai-. j<; ne prétends pas en avoir sur le vôtre.

Vous vouiez demeuier, et je vous cède ; un autre

Saura des iuimortels mériter les bienfaits j

Cet arc est .laiis nos mains garant de nos succès.

Le valeuieiix Tencei en saura faire usage;

Moi-même de cet art j'ai fait l'apprentissage ;

Page 1