ACTE 1, SCÈ.NE 111. «y
Ne sait point tous les maux dont je ressens ratteinlc : Il a TU mon courroux ; tous , recevez ma plainte. Entendez mes douleurs , et voyez tous les coups Dont je ne rougis pas de gémir devant vous. Les ai-je mcritts^ ai-je dû les attendre? J'ai servi les Romains dès Page le plus tendre. Fier dVtre ne dans Rome, et de vivre pour eux , En leur donnant mon sang je me croyais heureux. Ces destins immortels promis auCapitolc De la grandeur romaine avaient fait mon idole. Je brûlais rlc hâter les promesses des cieux, Et chaque citoyen me semblait précieux.
Combien ont dû la vie à cet ardent courage! ^
Combien sauves par moi dans l'horreur du carnage. Tout le prix de ma gloire en leurs mains fut laisse; Et, quand ils étaient' grands, j'étais récompensé. A cette erreur si chère il faut que je renonce ! Je suis leur ennemi : leur fureur me l'annonce ! Elle peuple romain , à me perdre occupé, M'arrache un sentiment «jui m'a long-temps trompe. On oppose au destin un courage invincible: C'est la main des ingrats qui blesse un cœur sen.siblc ; Et des maux qu'ils m'ont faits c'est le plus douloureux, De perdre tout l'amour que j'ai senti pour eux.
VÉTURIE.
Haïr votre pays! Eh quoi! ce titre auguste....
CORIOLAS.
Il mérite ma haine alors qu'il est injuste.
VÉTDRIE.
Si je l'étais , mon fils, pourriez-vous me haïr .'
CORlOLAN.
O ciel! que dites-TOUs? Moi, je pourrais trahir Ces seutimens si doux et cette amour si chère !. . .
VÉTURIE.
Ainsi Rome aujourd'hui n'est donc plus votre mère '
CORIOLA!*.
Me traite-t-cUe en fils lorf qu'un Sicinius,
io4 CORIOLAN.
Au mc'pris de mon rang ....
VÉTCRIE.
Écoutez, Marcius; Mes leçons ont instruit votre jenne courage. Et j'ai souvent joui de mon heureux ouvrape. Vos exploits , VGS vertus , tons ces prtsens du ciel , Ont répandu la joie en ce cœur maternel. Vous êtes Re'ne'reux : la fçloire vous enflamme ; Mais la fierté souvent epare une grande ame. Soutien de l'héroiMne , elle en devient l'ccueil. Du sang patricien je connais tout l'orgueil , Leur jong impérieux, leurs superbes maximes. Le peuple, comme vous, a ses droits légitimes. Sans doute je suis loin <rcn approuver l'abus. Ni les eiuportemens de ses cliefs corrompus. Je les ai déploies; mais , s'il ne faut rien taire , Le sc'nat n'a-t-il point de reproche à se faire :* Ses hauteurs , se» dcdains , n'ont-ils pas trop aigri Ln peuple libie et fiei- , dans la guerre nourri? Les riches , abusant d'une loi trop scvcrc , K'ont-il pas quelquefois accable sa misère ?
CORIOLAN
Je n'ai pas à rougir de t^mt de dnrete. L'indigent dcbiteur i-prouva ma boute'.
J'ai du pauvre cent fois relevé la faiblesse.
TÉTORIE.
Oui ; mais, trop prévenu des droits de la noblesse.
Vous suivez d'Appins les principes aliieis ,
Et vous dédaignez trop nn peuple de guerriers
Qu'enorgueillit cncor ba liberté récente.
Ici , depuis vingt ans, en sa forme naissante,
A peine s'aflermit l'état républicain ,
Et votre enfance a vu le règne de Tarqnin.
De ce bonheur nouveau l'ivresse est orageuse.
La liberté , mon fils , est farouche , ombiageusc ,
Craint jusqu'à la grandeur qui peut la menacer :
Devant des citoyens elle doit s'abaisser,
De leur égalité respecter l'équilibre :
Vous payez de ce prix la gloire d'être libre ;