‹ Théâtre françaisChapitre 94 sur 184 · ACTE V , SCÈINE m · texte numérisé non relu

ACTE V , SCÈINE m

L'autre à son ennemi tend une main proi>iee. Dois-je donc l'oublier, et faui-il désormais Récompenser l'oiurage et punir les bienfaits?

TETURIE.

Et n'ont- ils pas joui de ta reconnaissance? N'as-tu donc pas assez relevé leur puissance? Ils te doivent l'honneur de nous avoir vaincus • Nous demandons la paix; et que faut-il de plus'? Règle au moins cette paix sans que Rome en rougisse. Je suis loin d'exiger que ton cœur les trahisse. IVIais quoi ! leur as-tu fait le serment odieux De détruire ces murs, ta patrie , et tes dieux; De leur sacriGer, de ta main meurtrière, Tout le sang des Romains et le sang de ta mère? Si c'est là le seul prix qu'attendait leur fureur, Si le Volsquey prétend, il doit te faire horreur. Ah. si Goriolan daignait ici m'en croire, Que d'un antre destin il peut goûter la gloire ! Quel immortel honneur s'en va le couronner, De triompher de Rome , et de lui pardonner !

COniOLAîf.

Pardonner aux Romains ! l'effort est impossible :

Je tiens de vous un cœur trop fier et trop sensible.

Le connaissez- vous bien? avcz-vous oublie

Par quelle épreuve amère il fut humilié ?

Non, vos yux n'ont point vu mesafilonts, mes supplices-

Vous n'étiez pas témoin de ces afli eux comices

Où d'arrogaus tribuns, arbitres de mon sort,

Me présetilaicnt les fers , et In honte et la mort 5

Où j'entendais, au gré des plus vils adversaires.

Rugir autour de moi les fureurs populaires.

Astadli de leurs cris, fie leur rage entouré,

Au milieu de l'opprobre où je parus livré.

Je rassemblais en moi ma force et ma constance.

Et dans ce cœur souffrant j'amassais ma vengeance.

Je jurais à ce cœur que , cet instant passé ,

Rome en vain pleurerait de m'avoir offensé.

Non , je n'aurai point fait une menace vaine.

,3^ CORIOLAN

VÉTL'RIE.

Eh ! doit-on accomplir les serinens de la haine :' Quel est ce faux honneur dont i\\ vas l'occuper? Ah' je t'en oflrais un qui ne peut te tromper, Que lien ne peut ternir , dont rien ne me sépare. .

CORIOLAS.

Et quel honneur vaudrait celui qu'on me prépare ? De deux états rivaux je vais changer le sort. Toujours vaincu , toujours déçu dans son effort ^ Le Volsque s'est lonfç-temps d. battu dans ses chaînes ; Sans cesse il retombait sous leo ^.igles romames. Je commande le Volsque ; il triomphe : mon bras Oie h Rome en un jour le fruit de cent combats. Au parti que je sers je fais passer l'empire -, Et si j'en crois Tespoit que la fortune inspire, Anîium, des Romains éteienant la splendeur, ^e devra qu'à moi seul sa nouvelle grandeur. Il devient ma patrie , et je n'en veux plus d'autre. Loin de me l'envier, ah! faites-en la vôtre. Détacl.ez-vous enGn de mes persécuteurs; .Songez auprès de moi quels destins plus flatteurs Pourraient. . .

TETUPIE.

Moi ! sauver Rome , ou périr avec elle , Voilà mon seul destin , et j'y serai Gdéle. ^ Serai-je donc témoin de tes noires fureurs . Verrai-je consommer ce spectacle d'horieur . ïoi-racme, dans nos murs apportant le ravage, Et donnant contre nous le signal du carnage? Non, ce fer si coupable et teint du sang romain, Ce fer , si je ne puis l'arracher de ta main , Il faut du moins, il faut m'en percer la première j Pour sortir de ce camp , fouler aux pieds ta mère.

CORIOLAW.

O ciel !.. et c'est ainsi que vous aimez un fils ! Voilà CCS nœuds si chers qui nous avaient unis , Ces tendre., srntimens qui, depuis mon enfance, ^ Ainsi que m'>n bonheur , faisaient ma récompense. Slaicius à Tos yeux n'est plus rien aujourd'hui :

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