‹ Théâtre françaisChapitre 95 sur 184 · ACTE V , SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V , SCÈNE III

Vous aimoz mieux mourir que de vivre pour lui. C'est à mes ennemis que ce cœur s'intéresse ; Les cruels m'ont ravi jusqu'à votre tendresse.

VETURIE.

Moi ! cesser de t'aimer !. . . Marcius , le crois- tu ? \

Ali ! si je n'écoutais qu'une austère vertu : •

Si Vétinie , hélai! n'était rien que Romaine I

L'n ennemi de Rome ei'it mériié ma haine. ^

Cet aflVeux sentiment n'est pas en mou pouvoir ■ 1

Et quand je viens ici te montrer ton devoir , \

C'est toi , toi-même , hélas ! qu'une mère attendrie ]

Voudrait sauver du crime en sauvant la patrie. ] Ah! mon fils!.... car ce nom dont tu trahis les droits,

Ce nom , tu t'en souviens, te fut cher autrefois • 1

Comme il faisait ma gloire, il faisait tes délices • i

Et par toi seul livrée aux plus affreux supplices, •

!VIouranlc sous tes coups , ce nom cher et sacré, !

Tu l'entendrais sortir de ce cœur déchiré. . . !

Par ce nom , par les soins que j'eus de ta jeunesse: ' Par ces plaisirs si purs que goûta ma tendresse.

Alors que sous mes yeux, pour les plus grands destins^ i

* Tu croissais , l'espérance et l'amour des Romains : i

Par ce deuil, de nos maux sinistre témoignage , '■

Qui déj?» de ma mort te présente l'image, >

De ma mort, seul asile ouvert au désespoir, '

Si ton cœur obstiné ne se peut émouvoir.. . I Ke me refuse pas. . .

Ce peuple qui m'opprime.

Même dans mes bontés verrait un nouveau trime. Il n'oublîrait jamais que je l'ai fait trembler, Et tôt ou tard encore il saurait m'accabler.

VÉTURIE.

Non; qui reçoit sa grâce, au remords s'abandonae,

CORIOLAiy.

Non , l'orgueil est ingrat : il hait qui lui pardonne; Et je dois k moi-même , au Volsque mon soutien. , .

jg CORIOLAIS.

■VÉTCRIE.

Suis-ie la seule , ht'lns ! à qui lu ne .lois rien? Toi nui me ..ppclais notre union si cl.ere, Qui .c.^en=, le besoin d'èire aiuid d'une mère Po..r.ais-ln loin de loi r-pousser ma douleur J'ai si souvent au ciel demande ton bonliour . Je demande le mien h mon fils que j'implore.

CORIOLAN

Quoi! Rome dans ses murs me leverrait encore ! J'irais pour y ramper sous un joug odieux .

VÉTORIE.

ISon pour m'v voir jouir de tout ce que les d-ieux p, .LmU ve. ser de biens sur les jours d'une merc , Pou. les voir du bonheur me rouvrir le carrière. Rou.e ail.nd mon retour , ta rcponse et son ^"p; Souoe -pol jour pour moi , quel moment quel lansport, C ;; ,nd e vais d'un seul n.ot leur rendre à tous la vie . Leur conter par mes s.mis Rome au glaive ravie ; Le fer qu'elle craignait tombé de cette main , Et m(Ht tils , à ma voix , redevenu Romain.

CORlOLAS.

Ab ! que prétendez- vous ?

VÉTDRIE.

Je crois voir leurs hommages

Parmi les immortels consacrer mes images;

Rome reconnaissanie honorer mon tombeau. . .

Et je puis te devoir un triomphe.si beau ;

El tu pourrais , cruel, m'en refuser la gloue .

Won , la nature enfin obtiendra la victoire.

Ta mère et ta patrie, et tous ces noms »i doux,

Et Vi'turie en pleurs embrassant les gcuoux.. .

Oui , je m'y jette , ingrat...

( Elle se jette aux pieds de son fils. ) C0Ri0LA>- , voulant la faire relever.

Vous à mes pieds , ô ciel !

TÉTURIE.

J y resterai , barbare !

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J'expirerai du moins en étendant mes bras Vers mon fils re'voîte', que je n'attendris pas.

CORIOLAN , en faisant relefer sa mère.

Ah! vous en triomphez : la victoire est entière, Et je n''ai pu jamais résister à ma mère. Les Romains sont sauvés : je dois y consentir. . . Et puissé-je bientôt ne m'en pas repentir !

VÉTtJRIE.

Non , ne te repens pas , quand tu me vois heureuse.

CORIOLAX.

Du Volsque en ce moment la fougue impétueuse Menace vos rempai-ts , prépare les assauts ; Il faut que de vos murs j'éloigne ses drapeaux. Je vais dire au conseil (et puisse-t-il m'en croire!) Qu'une honorable paix vaut mieux qu'une victoire; Et que, s'ils ont enfin résolu sans retour De détruire la ville où j"ai reçu le jour, Plutôt que par mes mains sa ruine s'achève. J'aime mieux renoncer au rang où l'on m'élève. Volumnius au camp est encore arrêté :

Quel que soit le décret qui doit être porte' , » Qu'il aille sur vos pas apprendre à la patrie Qu'elle ne craint plus rien du fils de Véturie. Quoi qu'il puisse arriver , je vais vous obéir.

{Il sort.)

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