‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 35 sur 79 · SCÈNE VII Les Mêmes, FRONTIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VII Les Mêmes, FRONTIN

FRONTIN

Madame.

LUCINDE

Hein ! Quoi ?

anni-:tte.

Frontin ?

FRONTIN

C'est moi, madame.

ANNETTE

Eh bien?

FRONTIN

J'implore, de madame, un instant d'entretien.

Suis-je de trop, Frontin ?

frontin, après un temps.

Oh ! madame plaisante !

Voyons, parle.

D'abord, valet qui représente Son maître, je vous dois, madame, demander S'il vous plairait, cette après-dînée, accorder A monsieur le baron une faveur.

AN NETTE

Laquelle?

FROWTIN.

Celle de venir vous saluer.

lucinde, railleuse.

Eh! ma bel'e !

ANNETTE

Mais qu'il vienne, Frontin. Le baron est charmant, Je l'attends.

LUCINDE

Le succès opère prouiptement.

FRONTIN

Ce n'est pas le succès.

Non, c'est l'amour peut-être.

FRONTIN

Oui, madame, l'amour. N'en dites rien! Mon maître

Serait fort mécontent, s'il apprenait qu'ici

J'ai pris la liberté de vous parler ainsi.

Mais je suis pour lui mieux qu'un valet. 11 m'estime.

Un valet, c'est un ami pauvre : mais intime.

LUCINDE

Au fait.

FRONTIN

Voilà le fait : madame, nous faisons Toujours le beau parleur, et nous en imposons, Le cœur saignant, c'est la gaité qu'on nous voit feindre. Croyez-moi. Dans le fond, nous sommes très à plaindre.

LUCINDE

Dieu que tu parles bien, FronlinI

J'ai beaucoup lu.

Donc, on erre, masquant sous un air dissolu Son désespoir. Minable, on parade quand même. Mais dès qu'on est tout seul, ahl qu'on est triste, blême! Comme on dit son mea culpa, comme on voudrait Racheter ses erreurs.

Ah!

Il a bien du chagrin.

ANNETTE

FRONTIN

Madame, c'est vrai.

LUCINDE

Il a ce qu'il mérite, Va! C'est son amour-propre blessé qui s'irrite!

annette, à Lucinde.

Laisse-le donc parler.

FRONTIN

Nous fuyons tout gala.

Dès que nous sommes seuls, nous sanglotons. Voilà.

ANNETTE

Frontin ! c'est vrai ?

LUCINDE

Taratata! D'ailleurs, quand même!

Fût-il touché par tes larmes, ce Mcodème? T'a-t-il tendu la main le soir où tu sombras, Et lorsqu'on se moquait, t'a-t-il ouvert les bras ?

lit» THEATRE.

A.NNETTE.

Laisse-le donc parler...

FRONTIN

Il vous fit de la peine, Mais ne répondez pas au mal par de la haine.

Vraiment, oui !

FRONTIN

Ses erreurs le rendent tout honteux.

Vous vous dites : ce n'est qu'un sot, un vaniteux? Eh oui ! c'est vrai, madame, et c'est faux tout ensemble ; Il a de grands défauts...

LUCINDE

Crois-tu ?

frontin, continuant.

Mais il me semble Que s'il fait mal parfois, il est noble d'instinct. Oh' il aime étonner, éblouir, c'est certain. Mais son goût du décor, son désir <le parade, Sa jactance, ses embarras, sa mascarade, Son besoin d'étaler ses dons en espalier, Sont défauts de poète et travers d'écolier. Il est risible, mais touchant avec sa gloire! C'est un homme très doux qui rêve de victoire. Il affecte des airs fiers, arrogants, hargneux?... C'est la peur du dédain qui le rend dédaigneux. Voyez, je suis ému, car je l'aime, mon maître, Et cette émotion que je laisse paraître, Cette tendresse de serviteur sans façon, Prouve bien que mon maître est un brave garçon. Enfin, ayez un cœur, des entrailles, une âme !... N'est-ce pas, vous allez lui pardonner, madanif '

ANNETTE

Oh! nous verrons.

LUCINDE

Gomment, nous verrons !

Non. Frontin, Rapporte-lui qu'il peut venir me voir.

LUCINDE

Malin!

FRONTIN

C'est tout, madame ?

ANNETTE

... Oui!...

LUCINDE

Ça, que te faut-il encore?

FRONTIN

Alors, c'est vraiment tout?

ANNETTE

Oui.

LUCINDE

Oui! !

FRONTIN

Je m'évapore !

(Il, sort.)

Page 1