‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 47 sur 79 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les mêmes, HENRIETTE.

Henriette, entrant.

Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?... Bonjour, mon cher!

GASTON

Il y a que ce fumiste de Philippe prétend... (il pouffe) prétend...

HENRIETTE

Quoi?

GASTON

Il prétend qu'il a fait un mariage d'amour.

Henriette, pince sans rire.

Mais c'est évident. Cela me semble évident.

PHILIPPE

Vous ne me croyez pas non plus ?

Henriette, S1 asseyant.

Moi? mais je n'en doute pas. Personne n'en doute.

PHILIPPE

Non. Vous ne me croyez pas. Eh bien, je vais tout vous dire.

(Ils s'asseyent.) sAsta».

Si c'est long, je te préviens que je n'ai qu'un quart d'heure.

C'est vrai. Je suis allé en Amérique pour faire un mariage d'argent.

G tSTON.

Ah!

Laisse-moi parler. C'était un bon parti. La fille d'un grand

administrateur de railway. Six millions. Ni trop, ni trop peu. Ce n'était pas voyant. J'avais vu la photographie. Elle était possible. Ni bien, ni mal. Un front... Mais enfin, avec un chapeau ça pouvait aller. Puis elle avait un joli sourire... Enfin le nom était gentil ; roturier, mais gentil : Evening Christ mas. Vous savez ce que ça veut dire en français?... Ça veut dire : « Soir de Noël. »

GASTON

Poète, va!

Pourquoi pas? Un peu. Discrètement! Donc je fais ma valise. Je prends le bateau. Malade pendant huit jours. Je débarque. Le lendemain soir je vais au bal où l'on doit me présenter la fiancée. Je la vois. Vous n'avez jamais été au Jardin des Plantes?

HENRIETTE

Vous dites ?

PHILIPPE

Au Jardin des Plantes, il y a un enclos avec des fils de fer. C'est tout près de laçage des éléphants. Dans cet enclos errent les casoars mélancoliques. Vous savez bien, les casoars? Si ! des autruches avec de longues pattes, un cou filamenteux et un léger goitre : je vous présente Miss VioJett Christmas.

GASTON

Pauvre ami. Mais le sourire de la photographie?

PHILIPPE

S'ouvrait sur une garniture de dents longues comme les dents d'un vieux cheval de courses. Et des pieds, ma chère ! Ah! je n'aurais pas eu besoin de bateau pour rentrer en France. Elle était bègue, chassieuse, un peu boiteuse, un peu bancale. Un léger rhume de cerveau l'empêchait de paraître avec tous

ses avantages. En la voyant, je pâlis. J'envisageai aussitôt notre rentrée en France, côte à côte.

GASTON

On vous aurait fait des difficultés à la douane.

HENRIETTE

Il y a un droit d'entrée sur les casoars!

PHILIPPE

Elle était impossible.

GASTON

Mon vieux, tu parles depuis dix minutes. Mon carton chez Gastine. Je file. A tantôt. (Il sort.)

Page 1