‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 52 sur 79 · SCÈNE IX Les mêmes, BERTRAND · texte numérisé non relu

SCÈNE IX Les mêmes, BERTRAND

Philippe, présentant, très aimable.

Ma chère amie, M. Bertrand, mon ami, qui devient le vôtre.

Bertrand, s1 inclinant.

Madame la marquise, mes hommages, mes plus grands hommages.

PHILIPPE

Cher ami, excusez-moi, je vais ôter cet habit de cheval... Je vous laisse avec ma femme. (Il sort à droite.)

BERTRAND

Vous vous plaisez à Paris, Madame? Comment trouvez-vous nos théâtres? Vous avez vu la première des Variétés? Comment trouvez-vous?...

maggie, absorbée.

Vous êtes banquier, n'est-ce pas, Monsieur?

BERTRAND

Comment?

MAGGIE

Vous êtes à la Bourse?

BERTRAND

Ne parlons pas de. cela.

MAGGIE

Si, si. Je tiens à savoir.

BERTRAND

J'y ai été autrefois, en amateur, en psychologue, en chercheur d'émotions...

MAGG1E.

Ah! mon mari m'a dit que vous aviez tripoté.

BERTRAND

Tripoté! Le marquis est bien bon. Je n'ai jamais tripoté, madame.

MAGGIE

Enfin, vous vous occupez d'affaires?

Bertrand, affectant de ne pas répondre et indiquant la vitrine.

Pardon! Qu'est-ce que c'est que cette couronne? Je ne la connaissais pas?

maggie, ton détaché.

C'est celle d'un marquis d'Evreux qui a été couronné prince d'Antioche au temps des Croisades... Enfin, vous y avez été?

BERTRAND

Où ça... aux croisades?

MAGGIE

Non, à la Bourse?

BERTRAND

De temps en temps, en chercheur d'émotions, comme on va aux courses.

MAGGIE

Alors vous devez savoir quelles sont les bonnes affaires et quelles sont les mauvaises ?

Bertrand, même jeu.

Vous avez là une robe amusante. Je suis sûr que votre mari vous en aura fait compliment.

MAGGIE

Non, Philippe ne l'a même pas vue, il est préoccupé.

BERTRAND

Les élections monarchistes en Normandie, peut-être. Ah! nous avons eu du mal à trouver des hommes de valeur.

MAGG1E.

Vous ne pourriez pas m'en indiquer?

Un candidat?

MAGGIE

Non, une valeur de Bourse!

BERTRAND, à part.

Mais qu'est-ce qu'elle a? en voilà une éducation! (Haut.) J'ai des intérêts dans une banque. J'enverrai le directeur pren dre vos ordres, marquise. (Changeant de ton.) Ah! les élections. Il faudrait des nouvelles duchesses de Longueville ou de Chevreuse pour chevaucher à travers la campagne.

maggie, toujours absorbée.

Je ne puis pourtant pas y aller moi-même.

BERTRAND

Mais pourquoi pas, marquise? Voilà qui serait héroïque I

maggie.

Non! Je vous donnerai le nom de ce qu'il faut acheter!

BERTRAND

Mais, madame, nous n'achetons pas. Nous laissons ces procédés méprisables à nos adversaires.

LE JE NE SAIS QUOI? f77

MAGGfE.

Vous achèterez des Mines d'Or du Groenland.

BERTRAND

Des Mines d'or! (.4 part.) Ah! ça! elle ne parle que d'argent, eette femme-là.

MAGGfE.

Du Groenland. J'ai entendu parler de cette affaire à New- York. C'est une affaire colossale, n'est-ce pas?

BERTRAND

Oui, mais complètement à l'eau, complètement coulée... C'està-dire autant que je sache. Je me tiens si loin de tout cela !

maggie, battant des mains.

Absolument coulée ! Vous me rachèterez tous les titres.

BERTRAND

Tous les titres? Maisc'estdu mauvais papier, hors de cours.

magg:e.

Tous! 11 me les faut tous.

BERTRAND

Il y e.! a cent mille !

MAGGIE

Tous! tous!

BERTRAND

C'est bien grave. Le marquis...

MAGGIE

Mon mari est d'accord avec moi. Tout à fait d'accord. Bertrand, naturel.

Comment? ah! diable! C'est par monsieur votre père que vous avez connu cette affaire?

178 thé AT n:;.

maggie, se levant.

Oui. A New- York. Allez vite, vous-même.

BERTRAND, à part.

Voilà qui est curieux... Ces Américains sont plus forts que nous. (Haut.) J'y cours, Madame, j'y cours moi-même. Je rachèterai le plus de titres que je pourrai! Par exemple, je ne viendrai peut-être pas déjeuner, vous savez! dans des occasions pareilles, il faut faire vite. Les mines d'or du Groenland? Vous êtes sûre de ne pas vous tromper?

MAGGIE

Non. Non. Allez! Merci beaucoup, cher monsieur Bertrand.

BERTRAND

Madame, c'est moi qui vous remercie... J'y cours, Madame, j'y cours! (Il sort.)

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