‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 61 sur 79 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MAGGIE, puis GASTON.

maggie, seule.

Oh ! la voyou !

(Elle se jette sur un fauteuil et pleure nerveusement.)

Gaston, entrant.

Comment encore !... Elle pleure encore ! Mais c'est une fontaine, cette petite femme-là! (S' approchant). Madame!...

MAGGIK.

Ah ! c'est vous !

GASTON

Oui, je suis revenu sur mes pas. Ça m'attristait de vous voir pleurer. Je vous sacrifie mon calcul des probabilités au poker. Je reste avec vous jusqu'au diner.

MAGGIE

Oui. Et vous dînez chez nous. On danse ici ce soir. Mais je ne veux pas que vous restiez avec moi maintenant.

GASTON

Ça vous ennuie?

Oh ! non !

Alors?

MAGGIE

Ça vous fait perdre de l'argent. Vous deviez visiter vos colleys qui arrivent d'Ecosse. Vous n'irez pas non plus? Toujours pour moi?

Oh! vous vous moquez I Vous me trouvez grotesque. C'est vrai. Je ne fais rien, et je trouve le moyen d'être toujours pressé.

MAGGIE

Oui, mon ami, vous ne faites rien. Rien que des choses admirables, tout simplement.

GASTON

Admirables! Voilà un adjectif ironique s'appliquant mal au

MAGGIE

GASTON

pauvre homme insignifiant que je suis, légèrement ridicule i peut-être.

MAGGIE

Oui, à première vue: mon chenil, mes chevaux, mon tir aux pigeons, ma poule à l'épée, mon caoutchouc, mon poker! Et mon élégante oisiveté! Ah! mais vous avez quelque chose derrière vous.

gaston, se retourna^!.

Derrière moi?

MAGGIE

Au dedans de vous. Oui, quelque chose qui est sublime... Et uue fois qu'on Ta vu, on n'a plus envie de rire.

GASTON

Moi, j'ai quelque chose de sublime.

Oui. Vous êtes un souteneur.

gaston, sursautant.

Un souteneur !

Oui. Vous êtes pauvre et vous travaillez pour soutenir le luxe de votre femme.

GASTON

Ah! bien ! j'aime mieux cela.

MAGGIE

Vous êtes pauvre et votre femme porte des robes troj riches.

GASTON

Ah!

MAGGIE

C'est pour ça que votre chenil, votre tir aux pigeons, votre

lampe, ne donnent pas envie de rire.

GASTON

Madame !

MAGGIE

Vous ne travaillez pas, vous dites ?

GASTON

Non. Non, certes, je suis un homme du monde, un viveur, un simple viveur.

Vous appelez ça être viveur? Oui, c'est peut-être vrai, si chez vous viveur signifie celui qui se tue pour faire vivre une femme qui ne vous vaut pas, qui ne vous aime pas, qui vous ruine, qui vous...

GASTON

Qui porte mon nom, cela suffit.

MAGGIE

Oui, qui porte votre nom, mais qui n'en est pas digne... Ah! comte, je parle mal le français, je comprends mal votre esprit, mais je sens ce que des Parisiennes trop spirituelles ne sentent peut-être pas. Vous n'êtes pas heureux, mon ami, et nous pouvons nous donner la main. Nous souffrons tous deux de la même souffrance. Vous n'avez pas d'argent. Moi j'en ai trop... et cela nous fera mourir tous les deux.

(Elle laisse aller sa tête sur l'épaule de Gaston.)

gaston, très troublé.

Madame!

MAGGIE

Nous sommes deux pauvres, mon ami, nous sommes deux pauvres.

gaston, de plus en plus troublé.

Madame! Chère amie...

MAGGIE

Mon cher compagnon de souffrir!

Gaston, éperdu.

Ali! Maggie! Ah! chère, chère !

(Il Vétreint avec une tendresse passionnée.)

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