SCÈNE V HARRY, RAYiMONDE
RAYMONDE
Quelle effrontée... alors, c'est vous, c'est vous....
HARRY
C'est.... Je suis heureux d'être avec vous, seul à deux.
RAYMONDE
Mais moi aussi, à une condition pourtant, c'est qu'il ne sera plus question de Sorrente. [Mouvement d'Hai^y.) Fini Sorrente. Sorrente n'a jamais existé. Voilà ce qu'il faut vous dire. A celle condition seulement, nous pourrons être des amis, de grands amis.... C'est dit? Donnez-moi la main.
HARRY
Oh! Bien volontiers.
RAYMONDE
Je suis heureuse que vous m'ayez comprise aussi facilement, car, maintenant, je me sens plus forte pour vous annoncer une
nouvelle.... Voi\à, vous arrivez comme les carabiniers, mon petit, je me marie demain.
HARRY
Oh!
RAYMO.NDE.
Oui, demain, à la Madeleine, qu'est-ce que vous dites de ça, mon pauvre petit?
HARRY
Jolie église, sàvez-vous.
RAYMONDE
Hein ?
HARRY
Style grec, n'est-ce pas?
RAYMONDE
C'est tout l'effet que vous produit mon mariage?...
HARRY
Ot^! non, je vous félicite... j'espère que vous profiterez bien sur !fe voyage de noces.
RAYMONDE
Ah çà! c'est d'un goût... d'un goût parfait.... Et comme c'est malin.
Quoi ?
RAYMONDE
Je vous parle loyalement, gentiment, en amie... et vous vous dites : « Je vais la piquer en simulant l'indifférence ».
HARRY
Ohl mais....
RAYMONDE
Il m'eût été facile pourtant de vous dire, comme l'eussent fait tant d'autres femmes coquettes, comme Jeanne... que je n'ai rien oublié... que votre déclaration de Sorrente m'avait bouleversée, que c'est pour ne pas vous céder que j'ai fui le lendemain. Oui, j'aurais pu vous jouer cette comédie... mais,
moi, je suis franche €t je vous dis : rien de tout cela n'est vi-ai. {EiUrée de Pierre,) Quest-ce qu'il y a?
PIERRE
C'est le mécanicien de M. Faiway. Il fait dire qu'il est pressé.
HARRY'
Patienter ça y sait faire, n'est-ce pas?
PIERRE
Bien, monsieur.
(Pierre sort.)
RAYMONDE
Il a du toupet, votre mécanicien.
Oh! ce n'est pas ça.... Je suis à Paris pour vour voir, mais aussi pour des raisons plus majeures.... Je vais vous dire.
RAYMOXDE.
Oui... dites... parlez-moi de vous.... Qu'étes-vous devenu?... C'est gentil de vous être souvenu de moi.... Après trois mois.... C'est long, trois mois.... Vous avez donc un 'peu pensé à moi rjepuis Sorrente ?
HARRY. '
Oh! ça est sûr ça! J'étais malheureux.
RAYMONDE
On dit ces choses-là.
HARRY
Je me disais : Ça est dommage que je l'aie embrassée.
RAYMONDE
Hein?
HARRY
Quel souvenir nauséabond.... Oui, empoisonné.
RAYMONDE
Merci î
HARRY
Et si je suis venu vous voir, c'est pour m'excuser... peut-être
j'étais soûl... mais vous n'aurez plus à m'appeler goujat. Je suis redevenu un vrai gentleman. Je n'ai plus aucune envie de vous [embrasser. J'ai du sang-froid.... Alors moi aussi... je vous dis.... Donnez-moi la main... donnez-moi la main!
RAYMONDE