RAYMONDE, FERNAND
{Cependant Fernande très calme^ très maître de lui et paraissant n'avoir rien remarqué , s'est assis et a déplié un journal. Ray monde est très troublée... et fait un (/este comme pour se ressaisir.)
FERNA.ND, repliant son journal.
Il est donc revenu, ce petit? 11 est très gentil. Sa visite vous a été agréable, chère amie ?
RAYMONDE
Quoi!... Oui... oui... certainement....
FERNAND
Ah! Voyons, qu'est-ce que j'ai fait, depuis tout à l'heure.... J*ai fait tellement de courses.... {Tirant un carnet de sa poche.) J'ai toute une liste. D'abord le tapissier. Demain nous aurons les rideaux... le bijoutier pour votre chaîne... j'en ai profité pour vous rapporter cette bêtise.
Pour moi.... {Feimand lui remet un écrin.) Mais c'est trop beau... ce n'était pas la peine.
FERNAND
Je vous en prie. .. c'est une bêtise ! Le notaire, naturellement. J'ai ensuite flâné quelques instants au cercle... et me voici... vous voyez... je vous rends déjà des comptes... c'est que vous n'aurez jamais besoin de m'interroger, fîaymonde. Je serai un ami fidèle... le modèle des maris... je tâcherai de vous rendre ai heureuse....
RAYMONDE
Mon ami....
FERNAND
Ah! pour ma conférence.*, j'ai Réfléchi... vous aviez raison, je la ferai certainement.
RAYMONDE
Mais vous auriez pu....
FERNAND
Non, non, c'est vous qui aviez raison.... Vous voyez si je suis docile!... et même il faut que je vous dise quelque chose, Raymonde, je vous suis très reconnaissant.
RAYMONDE
Comment ?
FERNAND
Oui... à la veille de mon bonheur j'apprécie mieux toute votre réserve... toutv^votre tact.... Il y avait beaucoup d'habileté dans votre sagesse, dans votre honnêteté....
RAYMONDE
Je vous en prie....
FERNAND
Si, si, car voyez-vous, si vous m'aviez cédé, comme je vous en avais tant priée, parfois avec des larmes, parfois avec trop de dépit, j'aurais été heureux, sans doute, follement heureux, mais, je vous le jure, je n'éprouverais pas en ce moment ce sentiment de sécurité auprès de vous... presque de respect... et qui donne un prix exceptionnel au don que vous me faites de vous-même.... Je vous aime profondément, Raymonde....
{Il lui prend la main.)
RAYMONDE
Eh bien, non... non... je ne peux pas....
FERNAND
Quoi?
RAYMONDE
Quand je vous entends parler ainsi, avec cette confiance, tout ce que j'ai d'un peu propre en moi se révolte.... On n'a pas le
droit de duper un homme tel que vous.... Je n'ai pas le droit, je ne peux pas... je ne suis pas une Jeanne!
FERNAND
Ray monde!...
Gela m'est dur.... Gela m'est très dur de vous dire ra au moment où vous touchiez au bonheur de votre vie... vous avez toujours été si bon pour moi.... Ah I Je suis mille fois plus coupable que je ne croyais, car je vais désespérer un honnête homme. Mais je ne suis pas, je ne suis plus digne d'être votre femme... Fernand.... Harry, n'est-ce pas... que vous avez vu tout à rheure....
FERNAND
Ray mon de....
RAYMONDE
A Sorrente... il y a trois mois... oui... un soir....
FERNAND
Taisez-vous.
RAYMONDE
J'ai failli être sa maîtresse... oui, moi.... Et tout à l'heure... quand vous êtes entré... il m'embrassait....
FERNAND
Raymonde....
RAYMONDE
Et s'il revenait, je l'embrasserais encore. Voilà où j'en suis après dix ans d honnêteté, voilà où j'en suis. Ma parole d'honneur, c'est comique!...
FERNAND
Raymonde !
RAYMONDE
Il valait mieux tout vous dire, n'est-ce pas? C'eût été ignoble! Vous rappelez-vous? vous aviez raison... vous me l'aviez dit... vous êtes à la merci du premier venu.... Ah! oui! du premier venu! Je ne l'aime pas! Il est idiot. A la réflexion, ça
me révolte... mais quand il est là! Ah! là là! quand il est là, c'est honteux, je suis à sa merci.... Et dans trois mois, dans six mois, il reviendrait, je le reverrais... j'aurais beau-être votre femme... eh bien, c'est effrayant. Voilà! Ça n'est pas beau, ça n'est pas très noble... ça m'humilie, mais qu'est-ce que vous voulez, c'est comme ça. Alors, voilà.... Je suis navrée, Fernand... mais vous êtes tout de même mon ami, mon meilleur ami. Vous voyez ce que j'ai fait, ce que j'étais sur le point de faire, ce que demain je ferais certainement... vous savez tout... eh bien, moi... je ne sais plus... j'ai la tête perdue.... Je vous fais juge : je ne peux plus être votre femme, n'est-ce pas?... C'est impossible : ce serait un malheur pour vous.... Et, d'un autre côté, ce petit, il m'aime, c'est certain, il m'aime, mais rien n'est possible, n'est-ce pas, rien.... Alors je ne sais plus ce qu'il faut faire... je ne sais plus où j'en suis.... Fernand, que me conseillez- vous de faire?... Qu'est-ce qu'il faut faire?
FERNAND
Épousez-moi !
Quoi?
Épousez-moi !
Mais je vous dis....
Si!...
RAYMONDE
Mais après ce que je vous ai dit....
FERNAND
Je ne crois pas un mot de ce que vous m'avez d ., ,
RAYMONDE
Mais....
Je ne veux pas y croire!
RAYMONDE
Mais il faut y croire, Fernand.... Cela est,... Je n'ai pas élc
RAYMONDE
FERNAND
RAYMONDE
FERNAND
sa maîtresse? Qu'est-ce que cela prouve? La veille même de notre mariage, vous avez vu.... Je vous ai dit. Je ne sais plus de quoi je suis capable.... Ah! mon pauvre ami, j'avais méprisé le désir, le trouble, je le jugeais médiocre, indigne d'un cœur élevé.... J'ai blâmé Jeanne... je me suis moquée d'elle.... Elle me révoltait, souvent!... Quelle revanche! Avoir été honnête toute sa vie et perdre la tête un jour dans les bras du premier venu.... G'e^t Thistoire de tant de femmes.... Tout de mêm»^, c'est bien humiliant !
FERKAXD.
Ecoutez, Raymonde....
PIERRE, entrant.
Monsieur Harry Falway. ;
RAYMONDE, SB levaut.
Ah!
Laissez-moi le recevoir.
RAYMONDE
Vous!
FERNAND, à PicVi'e.
Un instant.... {Sort Pierre. A Raymonde.) Ça vaut mieux.
RAYMONDE
Non.
FERNAND
C'est pour vous, croyez-moi.
RAYMONDE
Qu'allez-vous lui dire ?
FERNAND
Laissez-moi faire....
RAYMONDE
Pourtant....
FERNAND
Ayez confiance.
RAYMONDE
Dites-vous qu'il m'aime, Fernand.... Ce n'est pas de sa faute.... Je dis, le premier venu.... C'est peut-être un tort.
FERNAND, la poussaut doucement vers sa chambre.
Je vous en prie.... Si, si... je vous en prie....
RAYMONDE
Ah!...
{Elle sort.)