‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 44 sur 142 · PROLOGUE, SCÈNE IV. CI · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE IV. CI

Vous étiez bonne aussi. Vous avez bien traité,

Vous seule, le petit huguenot détesté

Dont les larmes mouillaient vos mains de sœur aînée.

Voyez- vous ! c'est alors que ma folie est née !

L'innocence se perd à pleurer nuit et jour.

Vieilli par le malheur j'étais mûr pour l'amour.

Et mes baisers d'enfant — pardonnez-moi, Madame ! —

Étaient ceux d'un amant qui vous livrait son âme.

Mon père m'enleva du château de Neuillant ;

Mais mon amour grandit encore en vous fuyant.

Chaque jour plus ardent, comme le feu qui couve !

Et, lorsqu'après douze ans passés je vous retrouve.

L'ayant toujours au cœur, pur, constant et profond,

Vous êtes catholique et femme d'un bouffon!...

Ah ! quand vous m'avez m'avez dit : Espérance et courage !

Pardon ! mais je n'ai pu garder mon cri de rage :

Vous touchiez le serpent dans mon sein endormi!

MADAME SCARRON

Antoine de Méran, mon frère, mon ami.

Cet aveu que m'a fait votre cœur noble et tendre. De tout autre que vous je n'aurais pu l'entendre. Et, si vous m'avez vue écouter jusqu'au bout, Antoine, mon excuse est que je savais tout.

ANTOINE

Vous saviez?

MADAME SCARRON

Les regards trahissent quand on aime, Et de VOUS deviner j'étais heureuse même. Mais vous n'auriez pas dû me le faire savoir, Car il faut maintenant renoncer à nous voir.

ANTOINE

Mon Dieu!. .

MADAME SCARRON

De mon honneur, ami, je suis jalouse.

Et plus le malheureux dont on m'a fait épouse Est bas, plus il acquiert un burlesque renom. Et plus je veux qu'en moi Ton respecte son nom. Je n'avais pas de robe, et j'étais insultée Chez ma tante. Scarron m'a prise et respectée. Cet homme est bon ; sans lui j'entrais dans un couvent. Je veux qu'aucun soupçon n'aille, de son vivant, A sa femme pas plus qu'.î la reine de France.

ANTOINE

Hélas!

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