‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 119 sur 159 · ACTE Iir, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Iir, SCENE II

Que dit-elle? Quoi? Vous qui venez, l'œil farouche^ La haine dans le cœur et l'outrage à la bouche I... Me sauver 1

Elle tombe, accablée, sur un siège.

Oui, je veux vous sauver aujourd'hui!

Non par pitié pour vous, mais par amour pour lui, Pour le Prince!... Car dans ma poitrine amaigrie A toujours palpité le cœur de la Patrie! J'ai toujours, aj-ant eu les fossés pour berceaux, Vu le ciel traversé par les libres oiseaux Et rêvé du pays esclave qu'on délivre.

Conduisant mon aïeul, par la pluie ou le givre, Je chantais les vieux airs qui sont repris en chœur Ht font monter le sang de la révolte au cœur; Partout où je passais, le soir, à la veillée, La race des Stuarts était moins oubliée. Enfin, le Prince vint, à notre espoir pareil, Par la mer, du côté du lever du soleil; Son baiser sur mon front à lui m'a consacrée. Pour rendre sa victoire encor plus assurée, J'ai choisi le rôle humble et dangereux, j'ai pris La fonction. pour qui l'on n'a que du mépris: La pauvre mendiante, à qui nul ne prend garde. Va chez ses ennemis, espionne et regarde, Et comme une servante, une lampe à la main , Éclaire devant lui son glorieux chemin.

Moi, Madame, voilà ce que je suis... Vous êtes, Au contraire, accourue ainsi que pour des fêtes, Trouvant bien plus piquant et bien plus singulier De chasser au soldat anglais qu'au sanglier; Vous avez, comme on fait pour une mascarade, Pris un grand sabre et des pistolets de parade; Puis, le Prince étant jeune, et comme on doit, un jour. Être duchesse au moins et dame de la Cour, Qu'on ne veut pas avec les autres se confondre Quand on ira, plus tard, en carrosse dans Londre, A titre d'excentrique et bizarre ornement Vous avez pris alors le Prince pour amant!... Les justiciers bientôt vont franchir cette porte; Lord Fingall vous tuera, peut-être... Que m'importe! Mais il va fuir, après l'outrage d'aujourd'hui. Notre armée, entraînant les autres avec lui... Ht l'Ecosse sera vaincue, et l'Angleterre Assouvira sur nous sa haine héréditaire, Et, plus nombreuses que vos baisers froids et faux. Les têtes tomberont sur les noirs échafauds! Payant cher vos moments d'ivresse vaniteuse, Charle-Hdouard, après une fuite honteuse. N'aura plus que l'exil et l'ignoble repos. Et nos drapeaux gonflés par l'espoir, nos drapeaux Sous lesquels nous rêvions l'Ecosse libre et sauve. N'auront servi qu'un jour de draps pour votre alcôve!

Ils vont venir!... Mon Dieu! je suis morte à moitié. Par grâce, sauvez-moi! Sauvcz-nioi, par pitié!...

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