ACTE III, SCi-NE
Être surprise ici dans ce piège où nous sommes. Devant le noble Lord, devant ces autres hommes. J'en vais mourir, et c'est trop de honte et d'effroi ! Inventez un moyen de salut... Pas pour moi! Oh! pas pour moi!... mais pour le Prince et pour sa cause, Cherchez une cachette, oui, trouvez quelque chose... Mais ne me laissez pas déshonorer ainsi ! Ah! je baise vos pieds... Je demande merci... Vous l'avez dit, le Prince y perdra son armée Et l'Lcosse sera vaincue et décimée... Rien pour moi !... Mais il faut conjurer ces malheurs Et sauver la Patrie et le Prince... Ah! je meurs ! niU lonibt, défaillante, aux pieds de Marie.
Les sauver!... A tout prix, il le faudrait... Marie,
Marie, oh! songe au Prince et songe à la Patrie!..*
Dieu! quel affreux désir vient de moi s'emparer!
Ces hommes qui sont là ne m'ont pas vue entrer;
Ils l'ont dit, s'ils trouvaient dans la femme inconnue
Une fille de rien, la première venue.
Sur les amours du Prince ils fermeraient les yeux.
Leur honneur étant sauf, ces nobles orgueilleux
S'éloigneraient avec un méprisant sourire.
Oh ! l'horrible moyen que le danger m'inspire!
Mais il est sûr. Je sauve ainsi cette Dora.
Dans la chambre voisine elle ^e cachera ;
Et les chefs, ne trouvant rien qu'une pauvre fille.
Belle et libre après tout, n'ayant point de famille,
Dont un jeune homme s'est un instant diverti. N'abandonneront pas le Prince et son parti... Qu'importent ma pudeur, ma bonne renommée? Qjue l'Ecosse et son chef conservent leur armée ! Et puisse l'holocauste, au ciel, être approuvé. De mon honneur perdu pour mon pays sauvé 1 On frappe violemment à la porte.
DORA, se relevant épouvantée.
Ciel!
GORDON DE GLEN'COÉ, au tiehors.
Ouvrez sur-le-champ! ou j'enfonce la porte. LORD FINGALL, au delxrs.
Vous attendrez, Gordon, que cette femme sorte!
DORA
Mon mari !
GORDON DE GLENCOÉ, au dehors.
Non ! Donald est par trop en retard, Et je vais attaquer la serrure au poignard ; Car la dame est déjà, peut-être, dénichée.
MARIE, las et impétueusement, en prenant Dora par la ma in .
Entrez dans cette chambre, et restez-y cachée. Je vous sauve !
Elle l'entraîne, par ta porte à droite. La porte du fond craque et s'ouvre violemment ; Gordon de Glencoè se précipite dans • la chambre, suivi de lord Fingall.