SCÈNE II ANGUS, MARIE
Au vicmenl où le Prince et Duiuran s'éloignent, entrent à gauclx Angus et Marie. L'aveugle est guidé à travers les roclxs par la jeune fille, qui est très maigrie, très pâle, et dont toute la personne exprime la souffrance et l'épuisement.
MARIE, conduisant Angus atec précaution.
P;ir ici... p.ir ici!... Prenez bien c^arde aux pierre-?.
Oui, c'est le vent de nier qui frap^>e mes paupières; Je sens le sable fin qui croule sous mes pas... Marie, arrêtons-nous... Nous devons être au bas De la falaise?
.MARIE, aidant Angus à s'asseoir sur un roelter. Ici, VOUS pouvez prendre place.
A CIL V, SCLNli II 2^1
Assieds-toi près de moi... Q.ue tu dois être lasse, Mon enfant !
M ARIL.
Oui, très lasse... Oh ! lasse alîreusement ! A N G u s .
Mon pauvre cher trésor !... Et, dis-moi, là, vraiment... Tu veux aller plus loin?... Ce voyage est bien rude. La nuit nous surprendra dans cette solitude... Rentrons chez ces pêcheurs qui nous ont recueillis.
On prétend que le Prince erre dans le pays, Sans asile, sans pain, dans la seule espérance Qii'arrivera bientôt un navire de France... Je voudrais tant le voir une dernière fois!
Soit! restons, puisque c'est ton caprice... Tu vois,
Je f;iis ce que tu veux, chère fille adorée.
Mais c'est égal, tu n'es pas sage. La soirée
list trop froide, et j'ai peur de ce vent automnal ;
Car, depuis ces derniers huit jours, tu vas plus mal...
Chaque matin, je sens, ma petite Marie,
Ta main, ta chère main, plus chaude et plus maigrie.
L'autre nuit, tu toussais beaucoup. . .Tu n'es pas bien! . . .
Si tt te reposais, cela ne serait rien...
LES JACOBirtS
Tu lie veux pas... Voilà ce qui me, désespère.. Ah ! que j'ai de chagrin !
Pardonnez-moi, grand-pcre, Si je n'ai pas un peu d'espoir à vous offrir... Mais je vous mentirais... car je me sens mourir!
Dis donc que tu le veux, enfant méchante et folle!
Tu répètes toujours cette affreuse parole,
Et tu n'as pas pitié du vieillard tout en pleurs!
Grand-père, ce n'est pas ma faute... mais je meurs!
Vous-même l'avez dit bien souvent... dans mon âme
L'amour du cher pays brûlait comme une flamme.
Le héros, qui pouvait seul changer nos destins,
Est vaincu, la patrie expire, et je m'éteins
Comme un feu de berger sur qui tombe la neige...
L'Ecosse va cesser d'être!... Pourquoi vivrais-je?
Mais, avant de mourir, je voudrais le revoir.
Ce Prince malheureux et charmant, et savoir
Que sa vie est sauvée et qu'un bon vent le pousse...
Et l'agonie enfin me semblerait plus douce,
Et le dernier moment me serait moins amer,
Si, regardant du pont de son navire en mer
La falaise pâlir et fondre dans la brume,
Il pouvait voir encore, au-dessus de l'écume,