‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 37 sur 159 · ACTE II, SCÎ-NT IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÎ-NT IV

Je comprends, portraits des vieux ancêtres. Qui tous avez haï les tj'rans et les traîtres. Pourquoi vous me suiviez d'un regard courroucé Lorsque, enfant, devant vous si souvent j'ai passé! Je comprends à présent, héroïques armures, Pourquoi sous votre airain j'entendais des murmures, Ht pourquoi, dans les trous des morions de fer. Je croyais voir des yeux briller d'un feu d'enfer ! Regards des vieux portraits, flammes sous les vieux heaumes, O Torelli, c'étaient vos illustres fontômes, Qiii, du pays des morts chassés par la douleur, Venaient maudire en moi l'intrus et le voleur I... Oui, voleur! N'allez pas dire que j'extravague : J'ai volé le blason que je porte à ma bague, Volé le nom, volé l'honneur, volé l'argent Q.ue, prodigue et joyeux, je donne à l'indigent Et sur lequel on voit, lauré comme un Tibère, Un visage, celui de mon horrible père ! J'ai tout volé ! Tant mieux ! j'applaudis mon larcin. J'ai droit d'être un voleur, moi, fils d'un assassin!

DONNA PI A

O mon Dieu !

SEVERO, avec égarcincnt.

Redoublez vos regards de colère.

Vieux aïeux... Vous savez ! je suis très populaire, Et, m'arrétant, parfois, quand je passe en rêvant. Une mère me fait embrasser son enfant.

)8 SrVÏÏRO TORrLLI

Tous me tendent la main, lorsque je sors de vêpre... N'approchez pas de moi, malheureux! J'ai la lèpre! Le sang qui rend ma main froide comme un tombeau, C'est du sang de serpent, du sang de Barnabo ! Stupides, attendris, des pleurs sous les paupières, Vous me tendez vos mains. . . Allons ! cherchez des pierres ! J'ai la lèpre, vous dis-je, et je répands l'effroi... Des pierres! Ramassez, vite, et lapidez-moi!

DONNA PI A

iMon Severo, j'ai peur! la raison t'abandonne.

Non, non!. ..Car je vousplains, mère, et je vous pardonne. C'est un dévouement fou qui vous a £iit agir... Mais vous deviez comprendre, en l'entendant vagir, L'avorton, fils du crime et fils de la folie, De quels tourments sa vie allait être remplie, Et si vous aviez eu des sentiments humains, Ma mère, vous m'auriez étranglé de vos mains !

DONNA PI A

Non ! ne dis pas cela. C'est un affreux blasphème !

Je t'aimais, malgré tout, je t'aimais... et je t'aime!...

Et quand je tressaillis à tes cris enfantins,

Je ne fus qu'une mère et n'eus que des instincts :

Te nourrir, t'élever, comme une simple femme.

Hélas! et j'oubliai presque la chose infime.

Oui ! j'ai menti, c'est vrai, m.iis la mère qui ment

Pour son fils n'a pas peur du divin jugement,

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