ACTE I, SCENE I
Et l'on vit, quand au peuple il présenta la tête, Que l'homme rouge avait affreusement pâli... C'était le tour de Gian-Battista Torelli, Du meilleur, du plus pur des citoyens de Pise. Un murmure, pareil au souffle de la bise. Sur le peuple assemblé longuement circula ; Mais, soudain, l'odieux Barnabo Spinola, Comme si pour l'instant sa cruauté fût lasse, Leva la main et dit : — « C'est assez... Je fais grâce.
ERCOI.E.
Et pourquoi ?
REKZO.
Q.ui le sait ? Le rusé podestat Craignit apparemment que l'émeute éclatât.
ERCOLE
Et Torelli?
D'abord, il rougit de colère; Mais, entendant les cris joyeux du populaire, Il se plaça — jamais il ne parut plus grand — Au bord de l'échafaud, en face du tyran : — « Barnabo Spinola, j'accepte ta clémence, — « Dit-il, — sans espérer qu'un temps meilleur commence; « Mais on ne dira pas qu'un Torelli t'ait dû « Ce bienfait infamant sans te l'avoir rendu. « Je te fais grâce aussi : contre toi, je désarme ; « De mon côté sois donc, désormais, sans alarme.
8 SEVEkOTOKELLt
« Mais, seul, par ce serment, je me lie aujourd'hui,
(' El s'il me naît un fils, tyran, prends garde à lui ! »
ERCOLE
C'était fier, mais aussi d'une imprudence extrême... Et l'altier Barnabo ?...
RENZO
Lui fit grâce quand même...
Mais de toute pitié l'homme se dégoûta; Il n'a plus pardonné depuis... Gian-Battista, S'enfermant dans la vie obscure et domestique, ' Se cloîtra pour toujours dans ce p.ilais antique. Et, sans plus rien tenter contre le Barnabo, Vécut dans son serment comme dans un tombeau. On croyait à jamais sa tâche terminée ; Mais, quelques mois après la terrible journée Où Torelli put voir de si près le bourreau. Donna Pia, sa femme, eut un fils, Scvero. Il a fait de ce fils l'héritier de sa haine. C'est un cœur de héros, c'est une âme romaine, Où s'est, depuis l'enfance, à jamais implanté L'amour de la patrie et de la liberté. Tu l'as pu voir, il a la croyance tenace Qji'il devra quelque jour accomplir la menace Que sou père au tyran jeta sur l'échafaud. Tout le peuple le croit comme lui. Donc, il faut Que ceux qui, dans le cœur, nourrissent l'cspéMncs Que Plsc brise un jour les chaînes de Florence Et redevienne libre cncor, comme au vieux temps, Acceptent pour leur chef cet enfant de vingt ans.