‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 72 sur 159 · LES MONTAGNARDS · texte numérisé non relu

LES MONTAGNARDS

Angus!

ANGUS

Les vieux corbeaux croassent dans l'espace. Comme ils sont enroués ! Est-ce de sang humain ?

ROBIN, au vieil Enoch.

Il me fait peurl

ANGUS, à Marie.

Enfant, montre-moi le chemin...

Suis-je au milieu des fils de Fingall?

MARIE

Oui, grand-père.

Jadis, c'était un clan très riche et très prospère; Comme toute l'Ecosse, il doit être appauvri. Mais que demandons-nous? Du pain, un humble abri. Faites la charité! Si, dans sa main tendue, L'aveugle ne voit pas l'aumône répandue Et vous dit mal merci du secours qu'il reçoit. Faites la charité quand même, Dieu vous voit Par ses yeux qui ne sont obscurcis d'aucuns voiles. Le jour par le soleil, la nuit par les étoiles!

DUNCAN

Pourquoi tendre la main et pourquoi mendier, Angus? Nous mettrons tous une bûche au landier

Et, pour t'y faire asseoir à côté de ta fille. Nous marquerons ta place au repas de famille; Car, parmi les Fingalls, il n'en est pas un seul Qui dans chaque vieillard n'honore son aïeul. Viens chez moi ! L'âtre flambe et la table est servie. Mais viens-y pour finir paisiblement la vie; Promets-nous de ne pas livrer le lendemain Tes nobles cheveux blancs aux bises du chemin. Ne nous tends plus la main, ce n'est point nécessaire , Car nous savons d'où vient ton auguste misère ; Nous savons que tes fils, quatre nobles enfants. Sous les fusils braques des Anglais triomphants. Ont mieux aimé mourir que de rendre les armes; Nous savons que tes yeux sont éteints par les larmes Et qu'à présent tu n'as pour guide, infortuné. Que la pauvre orpheline, enfant du dernier né. Victime du devoir et de la bonne cause, Il faut que sous un toit ta tête se repose. Chez le lord opulent ou chez l'humble fermier. Entre! et l'on remplira ton verre le premier; Entre! et chez l'un de nous prends la meilleure place; Mais ne tends plus, Angus, au voyageur qui passe Sans savoir quel malheur te force à l'implorer, Cette main que nous tous sommes fiers de serrer!

Qui que tu sois, merci! L'Ecosse hospitalière A dignement parlé par ta voix familière. Mais le lit aux draps frais et les larges repas, O Fingalls, parmi vous ne me retiendront pas !

ACTH T, SClf-NT

Je dois toujours errer et mendier sans cesse; Et l'héroïque enfant qui conduit ma vieillesse, Par les âpres sentiers, vers des buts inconnus, Aux cailloux du chemin doit meurtrir ses pieds nus. Non, je n'accepterai ni le feu ni la table; Je ne veux que du pain et qu'un coin dans l'étable. Et dès l'aube, demain, je fuirai sans adieu ; Car, sachez-le bien tous, Angus a fait un vœu ! Aux portes du manoir et de la métairie, Il surgit, vieux témoin des maux de la patrie. Et de nos chers proscrits il est le messager. Tant que nos Rois mordront au pain de l'étranger. Il se contentera, lui, du pain de l'aumône; La paille lui suffit puisqu'ils n'ont pas leur trône; Les malheurs des Stuarts aux siens se sont mêlés. Et le vieux vagabond ressemble aux exilés. Lorsque l'aveugle entend quelque clocher qui vibre, Il va là, répétant: « L'Ecosse n'est pas libre! » Et ses affreux haillons, et ses tristes yeux morts, Au cœur des oublieux font naître les remords. C'est là ma mission, c'est le devoir de celle Dont l'humble main conduit l'infirme qui chancelle. O vous qui, plus heureux que moi, pouvez la voir, Cette fière et candide enfant, toute au devoir, Dont le malheur a fait le courage précoce. N'est-elle pas la chère image de l'Ecosse? Marie! Elle a le nom d'une Stuart; elle est Catholique comme elle, et dit son chapelet; Mais il est tout entier fait des balles de guerre Dont furent fusillés ses oncles et son père.

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