‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 109 sur 214 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Quand la France vaincue et cloutant d'elle-même

A signé, — souvenir terrible qui nous point! —

Sous la main de l'Anglais qui lui broyait le poing,

Ce traité que sa haine à jamais désavoue

Et dont nous gardons tous la honte sur la joue !

0 Rrétigny ! traité fatal ! Ils nous ont pris

Dix provinces; ils sont à dix jours de Paris;

On doit trois millions d'écus d'or; ils sont maîtres

Chez nous, sur le vieux sol où dorment nos ancêtres !

Et, seul, ne faisant rien pour venger nos revers,

Moi, je peins une image et je chante des vers !

OLIVIER

Alain !

ALAIN, avec une exaltation croissante.

Mon père est mort à Poitiers; mes trois frères, Malgré la trêve, épris des luttes téméraires, Aux Anglais ont encor voulu donner souci, Et les ont appelés aux champs clos sans merci ! Philippe fut tué devant Dol en Bretagne; Jacques, qui fit sous toi sa première campagne, Eut l'honneur de mourir de la main de Ghandos, Dans un tournoi; Huon enfin, — c'est là son los ! — Au siège de Dinan défendit une porte : Seul contre six et sans vouloir crier main-forte, Il les occit, n'ayant pour arme qu'un épieu,

Puis rendit l'âme. Ils sont à la droite de Dieu,

Qui leur permit d'avoir une mort noble et prompte.

Nous restons tous les deux : toi, le seigneur, le comte,

Le chef! moi, le petit, le cadet, l'orphelin !

Émule et compagnon de Bertrand Du Guesclin,

Ce terrible soldat, ce subtil capitaine,

Qui seul ose braver l'Angleterre hautaine,

Ton nom, comme le sien, est connu des Anglais !

Tandis qu'insoucieux je compose des lais

Sur avril renaissant et l'amante rêvée,

Et, pareil à l'aiglon, dernier de la couvée,

Alors que mes aînés ont tous pris leur essor,

Je reste au nid, tremblant et sans plumes encor!...

C'est vrai ! je ne peux pas ! Ah ! lorsque je contemple

Le passé de ma race entière et ton exemple,

Vois-tu ! frère, je sens ma raison s'égarer !

Je souffre !...

OLIVIER, s'approchant de son frère.

Mon Alain !

ALAIN, avec désespoir.

Non ! laisse-moi pleurer.

Il sort brusquement.

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