SCÈNE III CLOTILDE, OLIVIER
CLOTILDE
Pauvre enfant !
OLIVIER
Gomme vous, son désespoir m'afflige.
Je voudrais le calmer, cousine ! mais que puis-je ? Si dans un corps souffrant sa grande àme en prison Aspire à s'envoler vers le vaste horizon, Regardez sa poitrine étroite et son front blême ! Je dois, moi qui lui tiens lieu de père et qui l'aime, Lui défendre toujours, quoi qu'il en ait d'ennui, Le métier de soldat, bien trop rude pour lui.
— Ce devoir, un motif plus grave me le trace. Une prédiction pèse sur notre race,
Qui nous destine tous à de sanglants trépas,
Sauf un seul. Trois déjà sont morts. Je ne crois pas
— Ma foi me le défend — à cette prophétie;
Mais pourtant il faut bien que mon cœur s'en soucie ; Car ma mère avait vu, dans un jour solennel, Le front d'Alain marqué par le sang paternel, Et, sur son lit de mort, elle me fit promettre
De veiller sur mon frère et de ne pas permettre Qu'Alain connût la guerre et son enivrement; Et, tant que je pourrai, je tiendrai mon serment.
CLOTILDE
Mais si la guerre vient, dont le bruit se propage, Que ferez-vous?
OLIVIER, avec un geste de résignation.
Hélas !
Entre un page.
Que demandes-tu, page ?
LE PAGE, à Clotilde.
Dame, on veut vous parler sur-le-champ. Un vassal D'Hartecelle, envoyé par votre sénéchal...
OLIVIER
Un messager ! Il faut savoir ce qu'il réclame.
CLOTILDE
Qu'il entre.
OLIVIER, à Clotilde.
Je vous laisse.
Le page et Olivier sortent.