ACTE 1, SCENE IX
ALAIN', avec révolte.
Chimère!
Quand les hommes de cœur s'arment de toutes parts, Si ma mère vivait, elle me dirait : « Pars ! »
OLIVIER, à part.
11 dit vrai. Noble enfant !
Haut.
Mais non, c'est impossible, Mon pauvre Alain !
ALAIN
Ainsi tu restes insensible !
Tu ne conçois donc pas le dégoût qui me prend De me voir si petit avec un nom si grand, Comme si notre race en moi fût énervée ? Car depuis Job le Loup, leude de Mérovée, Qui, sous le rude chef des Franks aux cheveux longs, Combattit Attila près des murs de Chàlons, Ancêtre glorieux d'une maison prospère, Jusqu'au noble Enguerrand de Mauny, notre père, Mort de rage, le soir néfaste de Poitiers, Tous furent des soldats; et ces barons altiers Ont bâti dans l'histoire une œuvre colossale ! Tiens ! quand j'erre la nuit dans cette vaste salle Où leurs habits de fer sont rangés tout debout,
Ah ! vois-tu ! j'ai la fièvre alors, et mon sang bout; Car, frémissant devant ces armures géantes, Je crois voir dans le trou des visières béantes S'allumer des regards et tomber de leurs yeux La malédiction terrible des aïeux !
OLIVIER, à part.
Oh ! je l'embrasserais !... mais mon serment l'exige.
Haut.
Alain, tu ne dois pas être soldat, te dis-je.
ALAIN, avec colère.
Une raison, pour Dieu !
Tu ne peux la savoir; Mais je suis ton aîné, je remplis mon devoir.
ALAIN, violemment.
Tu sais que nous aimons tous deux la même femme, Et tu veux m'avilir à ses yeux.
OLIVIER, avec un cri douloureux.
C'est infâme!...
M' accuser!
A part.
Ah ! malheur sur nous ! Il l'aime aussi.