ACTE 1, SCÈNE IX
ALAIN
Qu'en dis-tu? N'ai-je pas vu clair clans tout ceci? Oui ! n'as-tu pas toujours affecté devant elle De me traiter ainsi qu'un enfant en tutelle, Capable seulement d'être un joueur de luth? Tu savais que le seul mérite qui lui plût Par-dessus tout, c'était une âme téméraire... Grâce à toi, j'avais l'air d'être un lâche, mon frère, Et surtout près de vous, mon glorieux aîné ! Répondez maintenant, ai-je bien deviné?
OLIVIER, avec ('parement.
Alain, tu me fais mal ! Cruel enfant, arrête !
Ce dessein monstrueux que ta douleur me prête...
ALAIN, violemment.
Allons ! je ne suis plus l'enfant que tu trompas. Jure-moi seulement que tu ne l'aimes pas.
Kcssions-nous le malheur de l'aimer l'un et l'autre, Pauvre Alain, quel espoir pourrait être le notre. Puisqu'un désir, au fond de notre cœur caeln'1. Y mettrait la souillure horrible du péché? Aux enfants de Mauny les guerres sont funestes, Et déjà trois de nous sont morts; toi seul me reste-.
Vis pour que notre nom subsiste; assez de deuil ! Ne me fais pas pleurer sur un nouveau cercueil.
ALAIN, ironiquement.
C'est trop l'inquiéter, en ta peur fraternelle, Pour mon corps périssable et mon âme éternelle ! Je veux me battre !
OLIVIER, nettement.
Eh bien î moi, je te le défends !
ALAIN
Je suis las d'obéir ainsi que les enfants.
J'ai soif de liberté, je pars, et dès cette heure,
Comte, je vais quitter à jamais ta demeure,
Pour respirer ailleurs un air moins énervant !
Du Guesclin voudra bien d'un Mauny pour servant.
OLIVIER, voulant l'arrêter.
Au nom de notre mère !...
Alain le repousse et va pour s'éloigner. Arrivé au fond du théâtre, il s'arrête et jette un long regard autour de lui.
Adieu, donjon, tourelles, Créneaux où sont les nids des blanches tourterelles, Où le lierre grimpant s'émaille de fleurs d'or, Grands bois où, vers le soir, passe le son du cor,