‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 147 sur 214 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

En ont un, le plus grand dont il les investisse, Mais le plus lourd aussi, c'est de faire justice. Si frapper un coupable est souvent douloureux, En revanche, parfois, il est bien doux pour eux De faire rejaillir l'éclat qui les entoure Sur les hautes vertus, l'honneur et la bravoure.

DU GUESGLIN, à part.

Ilumph! aux bords delà coupe il metbeaucoupde miel !

LE ROI, prenant la main de Du Guesclin.

Messire Du Guesclin, je rends grâces au ciel De serrer cette main qui vaut toute une armée.

DU GUESCLIN, s'inclinant.

Sire!...

le roi.

Je vous connais déjà... La renommée M'a dit votre vaillance et vos rudes exploits. Je sais vos coups de main, vos sièges, vos tournois... Chef aussi prévoyant que soldat intrépide, Vous avez l'esprit sûr et le coup d'œil rapide; Du moindre de vos gens vous connaissez le nom ; Et de fiers chevaliers suivent votre pennon Sur les routes, d'Anglais meurtris toutes jonché». Ah! vous mèneriez bien de grandes chevauchées, Bertrand, et ce serait un plaisir non pareil

Que de vous voir conduire, un jour, au grand soleil,

Une procession de quelques mille lances!

Puis enfin, dans nos temps, où sous les violences

Le populaire souffre et succombe à moitié,

Ce qui vous rend pour moi plus digne d'amitié,

C'est que pour les petits vous êtes pitoyable

Et qu'à la pauvre gent taillable et corvéable

Vous savez de la guerre alléger le fardeau.

Ainsi que Saint Martin partageant son manteau.

On vous a vu souvent, vous, noble sans fortune,

Après votre butin donner votre pécune,

Et montrer devant tous que cette main, ô preux:

Si terrible à l'Anglais, est douce aux malheureux.

DU GUESCLIN

Sire, vous me comblez; mon mérite est bien mince. J'étais déjà payé par l'estime du prince Que je sers, le bon duc de Bretagne; et le roi, En me traitant ainsi, fait beaucoup trop pour moi.

LE ROI

Non pas... Tous aimez fort ce cher duc de Bretagne?

DU GUESCLIN

Sire, depuis vingt ans, sous lui je fais campagne, Et c'est Charles de Blois qui m'arma chevalier.

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