ACTE II, SCÈNE VII
LE ROI
Vos services, de plus, ont dû bien vous lier, Et je trouve entre vous l'amitié naturelle. J'aime Charles, et j'ai soutenu sa querelle Contre Jean de Montfort, à propos du duché, Différend qui, d'ailleurs, n'est pas encor tranché, Et que nous reprendrons dans un moment propice.
Brusquement.
Si l'on vous proposait de quitter son service?
DU GUESCLIN
Moi!
LE ROI
Sans vous employer pour cela contre lui.
DU GUESCLIN, lentement, après un silence.
Le maître sous lequel je combats aujourd'hui, Soutient, le fer en main, sa cause qu'il sait bonne. C'est un héros! jamais l'espoir ne l'abandonne; Montfort peut triompher : nul revers ne l'abat. Il est prêt, vienne l'heure, à mourir en soldat; Il ne fuit pas ; il n'est danger dont il ne rie; Il déteste l'Anglais, bourreau de sa patrie; Et je ne connais pas, pour être son égal, De plus lier chevalier, fùt-il de sang royal.
Si j'en rencontrais un, par grand hasard, peut-être Consentirais-je alors à le prendre pour maître.
LE ROI, avec colère.
Assez !... Je comprends trop ta pensée, et ce ton D'ironie est mal fait pour toi, rude Breton. Parle franc. En ton roi tu n'as pas confiance : Tu n'as pas oublié l'instant de défaillance Du dauphin et sa fuite à Poitiers... Ai-je tort?
DU GUES CLIN, simplement.
Monseigneur, j'ai bravé souventes fois la mort, Et je puis, tellement la chair est tyrannique, Avoir aussi demain mon heure de panique.
LE roi.
Que peux-tu donc alors me reprocher?
DU GUES CL IN, avec embarras.
Moi?... Rien, Sire.
LE ROI, impérieusement.
Assez de détours! Je le veux, parle.
DU GUESCLIN
Eh bien !
Puisque vous exigez qu'avec toute franchise, Et me faisant l'écho d'un peuple, je vous dise