‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 149 sur 214 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

Ce qu'il pense en secret de ce roi de trente ans

Qui devra gouverner ce pays si longtemps,

Je parlerai. — Sachez que tous, dans ce royaume,

Le paysan qui veille en tremblant sous le chaume

Sur sa pauvre récolte et ses maigres troupeaux,

Et qu'accablent encor la dîme et les impôts;

Le bourgeois, casque en tête et portant hallebarde,

Que la rigueur des temps force à monter la garde

Aux portes de sa ville où l'Anglais peut entrer ;

Le marchand voyageur qui craint de rencontrer

Sur les chemins déserts quelque maie aventure,

Et qui, la nuit venue, excite sa monture;

Tous, bourgeois et manants, et surtout les vaincus,

Vos nobles, dont la honte a terni les écus,

N'ont qu'un vœu, dont il faut qu'un souverain s'enquerre,

Un vœu d'enthousiasme et de haine : la guerre !

LE ROI, avec une joie mal contenue.

Tu crois?

DU GUESCLIN

Depuis huit ans, on n'attend qu'un signal Pour expulser l'Anglais du sol national Qu'il dévaste du droit des anciennes défaites ; Et c'est depuis ce temps, Monseigneur, que vous êtes Le maître en cette France. Or, avez-vous rien fait Pour qu'elle put jeter le cri qui l' étouffait?

Non. — Pour entretenir ce levain de rancune, Quelle fière parole avez-vous dite? Aucune. — Lorsque se soulevait un grand seigneur terrien, L'assistiez-vous ? Jamais. — Donc rien, et toujours rien! Sans perdre tout espoir, on se lasse; et la France Vous accuse, à la fin, de trop d'indifférence. Je ne vous juge point; mais, soldat qui les hais, Je reste où l'on combat encore les Anglais.

LE P. 01, qui a écoute Du Guesclin sans manifester aucun sentiment, reprend avec tristesse et comme se parlant à lui-même:

Donc, il refuse; donc, Du Guesclin m'abandonne. Soit, adieu! Ce n'est pas que la chose m'étonne : Il en est déjà tant qui ne m'ont pas compris.

D'une voix profonde.

Courbe-toi de nouveau sous le vent du mépris, Roi maudit ! et, soufflant ta lueur de génie, Reprends tes jours de deuil et tes nuits d'insomnie. Mais non; je veux dormir. Du Guesclin seul pouvait Chasser le rêve affreux qui hante mon chevet : La France agonisant et me criant : «. A l'aide ! » Je vais donc encor voir ce spectre qui m'obsède Tordre ses bras sanglants, et l'entendre gémir! Non! viens, philtre sauveur... Dormir! je veux dormir.

11 vide d'un trait le lianap empoisonné.

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