‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 150 sur 214 · ACTE II, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIL

DU G L'ESC LIN, à part.

Quelle immense pitié s'émeut donc dans mon âme? Ali ! pauvre jeune prince !

LE ROI, avec teneur.

Ai-je bu de la flamme?

J'ai senti ces douleurs une première fois... Ah ! je reconnais là ton œuvre, ô Navarrois, Et ton poison, danger qui sur moi toujours plane!

DU GUESCLIN, épouvanté.

Sire, que dites-vous?

LE ROI

Bertrand, cette tisane Contenait du poison, te dis-je!

DU GUES G LIN

Dieu très haut!

Un tel crime...

LE ROI

En voici la preuve, vois plutôt!

Il jette au feu le fond du hanap; une flamme verte jaillit. DU GDESCLIN, voulant s'élancer au dehors.

Au secours! au secours! Je vais...

LE ROI, l'arrêtant.

C'est inutile.

Je connais dès longtemps le venin du reptile, Mais, contre tout boucon ou toxique, j'ai là

Tirant une fiole de son sein.

L'antidote fameux de Pèdre d'Avila.

DU GUESCLIN

Buvez donc sur-le-champ! Buvez!

LE ROI, impassible.

Non!... Tout à l'heure.

DU GUESCLIN

Oh! par grâce!...

LE ROI, amèrement.

Eh ! qu'importe après tout que je meure? Car, tu l'as dit, Bertrand, je suis un mauvais roi... — Et si c'est Dieu qui veut vous délivrer de moi?

DU GUESCLIN, suppliant.

Mon maître, au nom de tous les bons Français ensemble, Oh ! vivez !

LE ROI, lui saisissant la main.

Vois d'abord, soldat ! si ma main tremble.

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