SCENE II Les mêmes, ALAIN
DU GU ESC LIN, à Alain.
Approche-toi, filleul.
T'es-tu mis en état pour la bonne veillée?
ALAIN
Maître, je viens à vous l'âme purifiée,
Ayant fait devant tous ma coulpe à haute voix...
Mon corps dans l'eau du bain s'est lavé par trois fois,
Et je suis en état de grâce pour paraître
Devant la sainte hostie offerte par le prêtre...
Croyez-en cet habit de lin, blanc comme un lis,
Symbole de mon cœur humble et pur.
DU GUESCLIN
C'est bien, fils.
Devant l'autel voici l'armure bien fourbie; Tu vas veiller près d'elle, et, l'épreuve subie, Tu pourras prononcer tes vœux de chevalier.
OLIVIER, à Alain.
Yn serment solennel va bientôt te lier,
Frère, et quelque regret que mon cœur en éprouve,
Je tiens à te servir de parrain, car je trouve
Qu'il est bien pour le sang des Mauny qu'un garçon
De ton âge ait agi d'une telle façon
Qu'il soit fait chevalier par Du Guesclin lui-même!...
Demain, la guerre va te donner son baptême.
Tu n'as dû que braver la mort jusqu'à présent;
Mais désormais, Alain, tu verseras le sang :
Tu le verras, flot noir jailli des chairs coupées,
Rougir les gantelets, les heaumes, les épées;
Et, parmi les blessés, sourd à leurs cris affreux,
Impitoyablement tu pousseras sur eux
— Grand pourvoyeur des loups et des oiseaux de proie
Ton destrier massif, dont le sabot les broie.
Ah! c'est terrible, enfant!... Mais quoi! tu l'as voulu.
ALAIN, sèchement.
Je prends ce grand parti d'un cœur très résolu, Et le Dieu des combats fortifiera mon âme.
DU GUESCLIN, avec solennité, à Alain.
Avant de te frapper l'épaule de ma lame, Avant de te chausser les deux éperons d'or, Insignes de ton rang, Alain, je dois encor Te rappeler les lois de la chevalerie.
Sers fidèlement Dieu, les dames, la patrie; Sois généreux, loyal, intrépide et courtois.