‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 193 sur 214 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Penses-y bien toujours ! L'ordre que tu reçois

Va te faire l'égal des meilleurs gentilshommes...

Mais il t'impose, aux temps d'épreuves où nous sommes.

Des devoirs que jamais, enfant, tu n'enfreindras.

Et d'abord, que ce cœur, cette tête, ce bras,

N'aient qu'un but, avant tout : la France délivrée!

Alain étend, sans parler, la main vers le crucifix en signe de serinent.

Repousse avec horreur la magie, exécrée,

Et ne te sers jamais contre tes ennemis

Que des moyens loyaux par l'Église permis.

— La forfaiture est chose inconnue à ta race! —

Epargne le vaincu qui te demande grâce

Et ne frappe jamais au cheval, car, vois-tu,

Dès qu'un noble bardé de fer est abattu,

La victoire devient sans gloire et trop aisée.

Enfin, garde toujours au fond de ta pensée

Que les faibles, les vieux, les femmes, les enfants,

Les clercs, les laboureurs, sont ceux que tu défends,

Et qu'il faut que partout où ton nom retentisse,

L'écho réponde : Honneur, bienfaisance, justice !

Alain fait de nouveau le signe du serment. ALAIN.

L'heur m'est bien grand d'avoir deux parrains si fameux, Messire, et j'essaierai de bien faire comme eux !

DU GUESCLIN

Maintenant, nous allons te laisser. Veille et prie. Tu vas ceindre l'épée a l'heure où la patrie Sous le pied du vainqueur, frémissante, se tord Et se relève. Et c'est pour un duel à mort ! Peut-être verras-tu notre France accablée... Prie, afin que ta foi ne soit jamais troublée ! Quand de ses champions tu serais le dernier, Meurs, plein d'espoir en elle et sans la renier!

CLOTILDE, s'approchant à son tour d'Alain, et très doucement.

Alain, vers le devoir quand votre âme s'élève, Priez la Vierge mère, au cœur percé du glaive, De vous faire oublier un rêve évanoui.

Vous l'oublierez; plus tard vous serez heureux.

Sur un geste d'Alain.

Oui, Un jour, vous sentirez une nouvelle flamme Naître sous le regard tendre d'une autre femme. Vous aimerez encore et vous serez aimé.

ALAIN, à part.

Oui, pâles fleurs d'automne et non roses de mai!

DU GUESCLIN

L'heure s'avance, il faut laisser le néophyte.

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