‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 206 sur 214 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DU GUES CLIN, couché et endormi: OLIVIER ï) E MAL'NY, vieilli de seize ans, armé, sans casque, se tient debout près du lit; UN M ÉD EC I N, en robe noire, rangeant des fioles sur une crédence. Plus tard, entre ALAIN, fils d'Olivier et page de Du Guesclin. iCc rôle doit être tenu par l'enfant qui a représenté Alain au prologue.)

OLIVIER, regardant Du Guesclin endormi.

Ainsi donc, te voilà, Bertrand ! 0 destinées î Toi, que le monde a vu, pendant quarante années. Téméraire, l'estoc à la main, et bouclé Dans ton vieux vêtement de fer tout bosselé. Pousser ton palefroi sur des forêts de piques. Toi, Du Guesclin, héros de nos luttes épiques, Dont les fléaux d'acier frappant le morion

En ont cent fois meurtri le fier alérion

Qui, sous le choc, jetait des gerbes d'étincelles;

Oui, toi, qui le premier appliquais les échelles

Et montais, les forçant à craquer sous ton poids,

Aux murs d'où ruisselaient l'huile en flamme et la poix;

Cette mort du soldat, pour ta gloire rêvée,

Parmi tant de périls tu ne l'as pas trouvée,

Et d'une fièvre, ainsi qu'un vieux, sur ce grabat,

Tu vas mourir peut-être à l'heure d'un combat.

DU GUE S GLIN, parlant en rêve.

Notre-Dame Guesclin !... A moi ! . . . Brelagne ! . . . France !

Il rêve. — Ah î je le sais, c'est de désespérance Que tu meurs, et non pas de la fièvre, ô grand cœur ! C'est d'un dégoût profond, d'une immense rancœur, C'est de l'ingratitude et de la calomnie ! Voilà donc comme on tue un homme de génie. O suprême injustice! Il se bat quarante ans, Il est le plus fameux guerroyeur de son temps, Un grand vainqueur de gens et conquéreur de terre; Il a fait, pied à pied, reculer l'Angleterre, Et chassé ses soudards du sol que nous aimons; Puis, pendant une trêve, il a passé les monts, Et rendu son royaume au roi des deux Castilles.

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