SCÈNE III
BERTHE, d'abord cachée, RENÉE.
RENÉE
Oh! ne vaut-il pas mieux, comme toi, que je meure? Et dois-je encor franchir le seuil de ta demeure,
Puisque je n'y viens pas aujourd'hui seulement
Pour pleurer, pour penser à toi seul, cher amant?
Moi qui n'étais pas là lors de ton agonie
Et qui, lorsque tes yeux éclatants du génie
S'obscurcirent, n'ai pu les clore en un baiser,
A cette heure tu dois vraiment me mépriser
Si tu me vois entrer ici toute craintive,
Profitant de la nuit, par la porte furtive,
Gomme autemps des amours que nous devions cacher,
Et si tu sais aussi ce que j'y viens chercher!
Ya! si je viens ainsi, traversant les ténèbres
A tâtons, demander à ces meubles funèbres
Les traces d'un amour coupable, ce n'est pas
Que je craigne pour moi rien, môme le trépas.
Car à l'époux, trahi si lâchement, je jure
Que j'aurais infligé cette suprême injure
De laisser le hasard mauvais mettre au grand jour
Ces lettres, ce portrait, qui disaient notre amour.
Il m'eût frappée... Hélas ! Que m'importait la vie ?
Que m'importait encor qu'elle me fut ravie,
L'estime qu'on accorde à ma fausse vertu ?
Que dis-je? ma douleur est si forte, entends-tu?
Qu'elle eût du déshonneur extrait la joie amère.
— Non ! celle qui te vient troubler, c'est une mère.
Si, malgrétes sanglots, jadis, je n'ai pas fui