‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 27 sur 214 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Vous entriez ! Eh bien, vous faisiez de la sorte Et vous le surpreniez à minuit, n'est-ce pas ? Et quand vous le trouviez à sa table, tout bas, Tout doucement, sans môme une étoffe qui frôle, Vous veniez, regardant par-dessus son épaule, Lire sur le papier où sa main les traçait Les beaux vers faits pour vous et que récompensait Un baiser de surprise appuyé sur ses lèvres. Oh ! je devine tout, les désespoirs, les fièvres, Les voluptés de feu que doublait le danger; Et je vous les envie, et je veux me venger.

RENÉE

Eh bien, pour vous venger cherchez une torture Plus douloureuse encor que celle que j'endure. Ah ! véritablement vous enviez mon sort? Alors écoutez donc comment j'appris sa mort : Tenez ! ce fut le soir, au salon de famille; A mes pieds, demi-nu, devant Pâtre qui brille, Mon jeune fils faisait sa prière à genoux; Assis dans un fauteuil, mon mari, près de nous Parcourait un journal d'une façon distraite; Qui donc se fût douté de ma terreur secrète? Qui donc eût soupçonné qu'alors, confusément, Je sentais expirer loin de moi mon amant?

Nous nous taisions. — Enfin, quand sonnèrent dix heures,

Je dis, tremblante : — A-t-on des nouvelles meilleures

Du poète qu'on dit malade, mon ami?

Et l'homme confiant, déjà presque endormi,

Déploya de nouveau la feuille pour la lire.

Moi, je comptais les coups de mon cœur en délire,

Qui palpitait si fort que j'entendais le bruit;

Et quand la voix paisible et claire dans la nuit,

Dit ceci : — Ton poète est mort la nuit passée ! —

La violence fut tellement insensée,

— Madame, entendez-vous? — de l'effort que je lis,

Que je faillis broyer les deux mains de mon fils,

Et que, me regardant, craintif, la voix amère,

L'enfant cria : — Pourquoi me fais-tu mal, ma mère?

Quand vous auriez souffert bien plus cruellement, Que m'importe ! c'était déjà le châtiment. Parce que votre cri de douleur dut se taire, Il n'en est pas moins mort, lui, sombre et solitaire, Et regardant sans doute, en se plaignant tout bas, La'porte où ce jour-là vous n'apparûtes pas !

RENÉE

Vous éles implacable envers votre ennemie.

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