‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 29 sur 214 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Pour lui l'illusion était déjà finie.

Un sourire de pâle et discrète ironie Plissa sa lèvre et fit plus morne son regard. Puis il me répondit : — Je crois qu'il est trop tard ; Merci ! — Cela d'un ton que je ne peux vous dire. — C'est la dernière fois que je l'ai vu sourire ! — Mais que vois-je? Des pleurs dans vos regards ont lui! Madame, qu'avez-vous ?

BERTHE

Vous me parlez de lui.

Brusquement et avec une grande émotion.

Ah î tenez ! reprenez ce cofTret, pauvre femme,

Pardonnez, oubliez une menace infâme!

Moi, vous faire du mal? moi, vous déshonorer?

Non ! vous savez trop bien le plaindre et le pleurer.

Vraiment, j'étais cruelle et j'étais insensée.

Vous l'aimiez ! j'ai souffert tant à cette pensée !...

Il ne faut pourtant pas que vous vous alarmiez

De tout ce que j'ai dit... Je souffrais... Vous l'aimiez !

Je le sens, votre amour était loyal et tendre.

Pardonnez. Un moment je n'ai pu me défendre

D'un élan de colère et de jaloux émoi;

Mais, pour qu'il me pardonne aussi, pardonnez-moi!

Quoi? nos raisons étaient à ce point endormies Que, sœurs par le chagrin, nous étions ennemies! Mais, puisque vous l'aimiez jusqu'au renoncement, Que votre cœur se ferme à tout ressentiment. — Pensons plutôt, jetant un regard en arrière, Au coupable chrétien qui mourut sans prière; A la grande clémence offrons pour lui, ce soir, Vous, votre repentir, et moi, mon désespoir. Il faillit par orgueil. Prions qu'on lui pardonne. Ah ! madame, devant ma piété bretonne Peut-être je vais voir vos sourcils se froncer. Pourtant, prier pour lui, c'est encore y penser. Une fraternité de larmes nous rassemble : Faisons mieux que pleurer, dites ! prions ensemble. Et, de même qu'un mort s'expose sur le seuil Avec deux cierges purs veillant près du cercueil, Ainsi nos deux douleurs, sur sa tombe allumées, Exhaleront au ciel leurs âmes parfumées, Et comme deux ramiers, blancs dans l'infini bleu, Notre double prière ira jusques à Dieu !

RENÉE

Ainsi, vous voulez bien, si je vous ai comprise?...

BERTHE

Donnez-moi votre main.

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