‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 33 sur 214 · M A II THE · texte numérisé non relu

M A II THE

C'est un steamer Qui revient de là-bas.

HENRI

Comme c'est beau la mer!

Tantôt, maman, j'ai vu notre trois-mâts qu'on charge Un matelot disait : — Le vent souffle du large. — Cela faisait flotter, ainsi que des rubans, Les joyeux pavillons pavoisant les haubans; Un mulâtre, tout noir sous la blancheur du linge, Passait; un petit mousse, agile comme un singe, Descendait d'une vergue ; et, tout le long des quais. Au milieu des ballots, des fruits, des perroquets. De l'odeur du goudron et du frisson des voiles, Enchanté, je lisais, peints en noir sur des toiles, Ces noms clairs et légers comme des cris d'oiseau : Le Brésil, La Plata, Lima, Valparaiso.

Oh! partir sur la mer! — Et puis j'ai du courage. J'ai réfléchi. Tant pis si nous faisons naufrage. Comment! j'aimerais mieux que la mer écumàt. Car je te sauverais sur un débris de mât.

Je sais mon Robinson par cœur. Que tu le veuilles Ou non, je te ferais une maison de feuilles Sur une plage d'or, devant les flots nombreux, Et là nous resterions tout seuls et très heureux, Bien plus, chère maman, qu'ici nous ne le sommes ; Car ne te vois-je pas triste parmi les hommes?

MARTHE

Enfant!

A ii art.

Comme à cet âge on sait vite oublier!

Haut.

Allons ! va voir un peu jusqu'à notre voilier : Je crains que l'on n'ait pas inscrit notre passage.

HENRI

J'y cours.

MARTHE

Embrasse-moi, mon mignon, et sois sage.

Henri l'embrasse et sort.

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