SCÈNE II. Il
On chante, et l'on oublie, en chantant, la fatigue. Vivent les nuits d'été, quand le ciel est prodigue De clartés et que l'astre au regard presque humain Vous sourit à travers les arbres du chemin ! Vivent les nuits de juin et vive l'espérance! M'y voici. Dès demain je saurai si Florence Aime toujours le luth et les chansons d'amour. Mais nous sommes encor bien loin du petit jour ; Et quand on est ainsi vêtu de vieille serge
Montrant sa guitare.
Et qu'on porte ceci sur l'épaule, l'auberge
Est sourde au poing qui frappe et s'ouvre avec ennui.
Où pourrais-je donc bien me coucher aujourd'hui?
Il aperçoit le banc.
Ce vieux banc? Oui. C'est dur. Mais la nuit est si douce i Et puis je les connais, les oreillers de mousse : On y dort; et, si l'on a froid dans son sommeil, Le matin on se chauffe en dansant au soleil.
Il se dispose à dormir sur le banc.
C'est égal, on est mieux entre deux draps de toile. Cette nuit, je te prends pour gite, ô belle étoile, Auberge du bon Dieu qui fait toujours crédit.
Il s'étend sur le banc, à demi caché dans son manteau, el terme les yeux.
j-2 LE PASSANT.
SILVIA, regardant du haut de la terrasse.
Pauvre enfant ! C'est qu'il va faire comme il ledit. Et moi qui me plaignais que la nuit fût si belle ! Comme je suis méchante !
Elle descend rapidement la pente.
Il faut que je l'appelle, Car je manque au devoir de l'hospitalité. On est ainsi pourtant : on se plaint de l'été Parce qu'on est en proie à la mélancolie; On voudrait que la nuit fut sombre, et l'on oublie Tous ces pauvres errants que le sort négligea Et qui n'ont pas d'abri.
Regardant Zanctto endormi.
Mais c'est qu'il dort déjà, Pauvre petit ! il a sans doute l'habitude. Mais quoi donc? Ce silence et cette solitude, Cette nuit parfumée et cet enfant qui dort Me troublent. On dirait que mon cœur bat plus fort Et qu'une émotion nouvelle le soulève.
Ah ! je suis folle !
Regardant Zanetto de plus près.
Hélas! il ressemble à mon rêve.