‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 46 sur 214 · SCÈNE II JULIEN, UN ÉTUDIANT · texte numérisé non relu

SCÈNE II JULIEN, UN ÉTUDIANT

L'étudiant arrive par le fond, joyeusement et les mains dans les poches, le béret sur l'oreille, la vareuse ouverte, la cliomisc débordante, le pantalon à grands carreaux : le type de Gavarni.

L'ÉTUDIANT

Ah ! Julien !

JULIEN

Bonsoir.

L'ÉTUDIAN T.

Où vas-tu de ce pas ?

JULIEN

Je rentre travailler.

L'ÉTUD IANT.

Moi, je ne rentre pas.

Je ne veux pas rentrer de quinze jours. Que diantre C'est ce soir jour de bal, mon cher. Est-ce qu'on rentre?

JULIEN

Toujours fou?

L'ÉTUDIANT

Mon ami, tu me parais en train De vouloir dépasser Lisfranc et Dupuytren. Tu feras du tapage au grand jour de la thèse. Ton scalpel est fameux. Môme, par parenthèse, Tu pourrais postuler un emploi de bourreau; Tu dissèques ainsi qu'on découpe un perdreau, Très délicatement, au bout de la fourchette. Tu dérobes, pour mieux travailler en cachette, Les débris du sujet; et le bonnet carré T'est promis, c'est certain : Dignus es intrare. Mais crois-tu qu'avec des bouquins et des squelettes On ait fait, mon ami, des études complètes ? Ignores-tu qu'il est un suprême examen Où tu serais, naïf, refusé haut la main? J'interroge. Réponds et rassemble tes ruses. Je ne te ferai pas de questions abstruses, Par exemple la date où l'on me recevra Docteur, ou le total des amants de Clara. Ceci, c'est un mystère interdit aux profanes. Je vais te demander, mou cher, le pont aux ânes, Ce qu'on apprend tout seul et sans se déranger : Chante-moi le dernier couplet de Béranger? Dis-moi qui de Frisette ou d'Ilermance est la rousse?

Page 1