ACTE I, SCÈNE II
Qu'écrit-on à son père alors qu'il se courrouce? Est-ce au mois de juillet, ou bien est-ce au mois d'août, Qu'on va, par la galiote, à la foire à Saint-Gloud? Où peut-on convoler sans maire et sans écharpe? A quel bout de la rue illustre de La Harpe Fleurit l'estaminet le plus mal fréquenté ? Que vaut ce pantalon au Mont-de-Piété ? Indique un jeu de Siam où la bière soit bonne ? Quel professeur va-t-on siffler à la Sorbonne ? Quel fruit plus volontiers l'arbre de Robinson Produit-il, l'omelette ou bien le saucisson ? Dis la longueur du nez d'un créancier qu'on trompe? Et dans quel cabaret sonne-t-on de la trompe ?
C'est vrai, je ne puis pas te répondre.
L'ÉTUDIANT
Ignorant !
JULIEN
Mais mon excuse est là pour un crime aussi grand. Je suis très pauvre.
L'ÉTUDIANT
Ami, je le savais. Oublie
Ce que j'ai dit de trop dans ma bonne folie.
Mais cependant, au fond, je n'ai pas tort, vois-tu !
Dans trop de solitude et dans trop de vertu,
Bien tristement, je vois s'écouler ta jeunesse.
N'espère pas, mon cher garçon, qu'elle renaisse :
Elle passera vite ; et tu regretteras
De n'avoir pas senti, s'appuyant sur ton bras,
Sauter à tes côtés une fillette ingambe
Et de n'avoir jamais, autour du punch qui flambe,
Ri de toutes tes dents avec de francs amis.
Un peu d'étourderie, à notre âge, est permis.
— Je suis pauvre, dis-tu? Moi, je ne suis pas riche. Eh! le bonheur qu'on paie est un jeu qui nous triche. Que te demande-t-on ? De perdre un peu de temps, D'écouter le conseil joyeux de tes vingt ans,
Et de laisser enfin se défroncer la ride Qu'entre tes deux sourcils creuse un travail aride. Puis — avec des amis nous en causions hier, Et je t'en dois l'aveu — l'on te trouve trop fier, Trop sauvage. Il serait décent que tu parusses Une fois, tout au moins, sur les montagnes russes, Et que, sous ces lampions cachés dans les tilleuls, Tu risquasses, un soir, quelques cavaliers seuls.
— Allons, laisse-toi faire, entrons à la Chaumière, Faisons un tour de bal ensemble, et la première