SCENE II
Choisir dans le jardin les branches les plus souples. Je sais conduire aussi les lévriers par couples Et dompter un cheval rétif. Je sais encor Jongler dans un sonnet avec les rimes d'or, Et suis de plus, mérite assurément très rare, Éleveur de faucons et maître de guitare.
S IL VI A, souriant.
Toutes professions à dîner rarement, N'est-ce pas ?
Oh ! bien moins qu'on ne croirait vraiment. Pourtant, c'est vrai, je suis un être peu pratique. L'heure de mes repas est très problématique, Et je suis quelquefois forcé de l'oublier Alors que le pays m'est inhospitalier.
Souvent, loin des maisons banales où vous êtes, Assis au fond des bois, j'ai dîné de noisettes; Mais cela m'a donné l'âme d'un écureuil. Et puis presque partout on me fait bon accueil ; Je tiens si peu de place et veux si peu de chose ! J'entre dans les châteaux, le soir, et je propose De dire une chanson pendant qu'on va souper. Tout en chantant, je vois le maître découper Le quartier de chevreuil et la volaille grasse;
Et ma voix en a plus de moelleux et de grâce.
Je lance aux plats fumants de longs regards amis ;
On comprend, et voilà que mon couvert est mis.
SILYIA.
J'entends; et vous allez à Florence sans doute?
ZANETTO
Sans doute? Non. Je vais par là; mais, si la route Se croise de chemins qui me semblent meilleurs, Eh bien, je prends le plus charmant et vais ailleurs. J'ai mon caprice pour seul guide, et je voyage Comme la feuille morte et comme le nuage. Je suis vraiment celui qui vient on ne sait d'où Et qui n'a pas de but, le poète, le fou, Avide seulement d'horizon et d'espace, Celui qui suit au ciel les oiseaux, et qui passe : On n'entend qu'une fois mes refrains familiers. Je m'arrête un instant, pour cueillir aux halliers Des lianes en fleur dont j'orne ma guitare, Puis je repars. Je suis le voyageur bizarre Que tous ont rencontré, léger de ses seize ans, Dans le sentier nocturne où sont les vers luisants. Quand il pleut, je me mets sous l'épaisse feuillée,. Et je sors, ruisselant, de la forêt mouillée,