‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 7 sur 214 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Pour courir du côté riant de l'arc-en-ciel. Ne la cherchant jamais, je trouve naturel De n'avoir pas encor rencontré la fortune. Je suis le pèlerin qui marche sous la lune, Boit au ruisseau jaseur, passe le fleuve à gué, Va toujours et n'est pas encore fatigué.

SILVIA

Et n'avez-vous songé jamais à faire halte?

Dans cette folle course, où votre esprit s'exalte

A rêver le douteux espoir du lendemain,

N'avez-vous donc jamais, au tournant du chemin,

Aperçu la maison calme, toute petite

Et blanche sous le pampre et sous la clématite,

Avec son bon vieux chien qui dort près du portail

Et sa fenêtre dont s'entr'ouvre le vitrail

Pour montrer le profil pur et le fin corsage

D'une enfant qui vous donne un bonjour au passage?

ZANETTO

Quelquefois. Mais j'ai cru toujours que mes chansons Feraient, comme en jetant des pierres aux buissons On en fait s'échapper tout un nid de vipères, Sortir de ces logis les tuteurs et les pères. Or, avec cet aspect de franc bohémien,

Je suis peu de leur goût, comme ils sont peu du mien, Et j'aime autant laisser tranquilles les familles.

SILYIA.

Quoi ! vous ne rêviez pas lorsque les jeunes filles Vous lançaient en riant les fleurs de leurs corsets?

ZANETTO

A quoi bon? J'envoyais un baiser et passais. Et puis, je vous dirai, ma liberté m'est chère. Si j'aimais, je perdrais cette marche légère ; Et, tant que je pourrai, je n'aurai pour fardeaux Que ma plume au bonnet et ma guitare au dos. Un amour dans le cœur, c'est un si lourd bagage !

SILYIA.

Vous êtes un oiseau qu'on ne peut mettre en cage?

ZANETTO

Jamais.

SILYIA.

Et qui pourtant fera son nid un jour, N'est- il pas vrai?

ZANETTO

Non, non ! J'ai trop peur de l'amour.

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