ACTE 11, SCÈNE IV
Et que... sans en mourir, faut-il que je le dise?... Ton père est Spinola, le gouverneur de Pise.
SEVERO
Lui!
DONNA PIA
Retiens ton dégoût, ta haine, ton mépris !... Car tu ne peux savoir, car tu n'as pas compris... Je n'ose te parler dans l'horreur qui m'accable. La grâce... souviens-toi... la grâce inexplicable... L'échaiaud... Torelli sauvé seul du trépas... Ah! lu te tords les mains!... Tu comprends, n'est-ce pas?
SEVERO, se cachant la tète dans les mains.
Oh ! monstrueux !
DONNA PIA
Pourtant, il faut bien que tu sache- . . . Toujours ces échafauds, ces bourreaux et ces haches ! Vois-tu, je n'avais plus raison ni volonté ! J'étais comme une folle... On l'avait arrêté... Ah ! je savais la loi... La mort pour qui conspire... Quel jour affreux! J'avais mordu la main du sbire Qui, le premier, avait touché Gian-Battista. Mais ils étaient nombreux et forts... On l'arrêta. Je restai seule... Alors, je n'eus plus qu'une idée, Un désir... Ah ! j'étais comme une possédée...
192 SEVERO TORELIJ.
VoirBarnabo, crier : « Clémence! » à ce tyran,
Et lui couvrir la main de baisers en pleurant.
J'avais une douleur toute brute et rustique,
Moi ! Je ne comprenais rien à la politique.
Dans l'affreux désespoir dont mon cœur était plein,.
Je ne connaissais plus Guelfe, ni Gibelin ;
Je me souciais bien de la fierté pisane,
Moi, la fille du peuple, oui, l'humble paysanne...
Je voulais voir cet homme et lui jeter mon cri,
Afin qu'il empêchât de tuer mon mari...
Ah ! je le vois encore, écoutant ma supplique,
Sur son trône, riant d'un rire diabolique,
Et jouant de la main avec son lourd collier ;
Et lorsque je tombai, lasse de supplier,
Demi-morte, à genoux, sans voix, je me rappelle
L'accent dont il médit : « Gomme vous êtes belle! »
SEVERO
Par grâce ! assez ! assez !
DONNA PI A
Non, tu dois savoir tout.
Dès qu'il eut prononcé ce mot, je fus debout Devant lui, frémissante et pâle de colère... Oh ! le contrat abject ! Oh ! l'ignoble salaire ! Mais le monstre me dit, d'un ton calme et glacé :