ACTE I. SCÈNE VI. -2S
LE VIEIL ENOCH
La mort ! . . . Mais nul n'est mort dans la contrée. Je ne vois pas ici de fosse préparée, Ni de parents en pleurs conduisant un cercueil... Angus, Angus, de qui mènes-tu donc le deuil?
ANGUS
Si l'ait, quelqu'un est mort, et d'une mortalfreuse ! A l'œuvre, fossoyeur ! . . . La tombe, qu'on la creuse ! J'y veux, ô pauvre Ecosse, enterrer ton drapeau.
LE VIEIL ENOCH
Ah ! mendiant!...
AN (il S.
Tais-toi!...
Avec exaltation.
Mon Dieu ! que c'était beau, L'Ecosse d'autrefois, pauvre, fière et fidèle ! Le grand aigle qui la traversait d'un coup d'aile Sentait qu'un air plus libre emplissait ses poumons; Et l'azur de nos lacs, la neige de nos monts, Et l'écume d'argent que le torrent charrie, Et l'herbe fraîche, et les fleurs d'or de la prairie, El le soleil levant, rose dans le brouillard, Etaient moins purs qu'un cœur de pauvre montagnard ! Là palpitait, auprès des vertus domestiques,
282 LES JACOIilTES.
L'amour do nos vieux chefs et de nos lois antiques ; Le vent de la montagne y faisait circuler Un sang, pour le pays, toujours prêt à couler ; Là résidait, ainsi qu'en une tour murée, Le respect du serment et de la foi jurée. Quand on l'avait promis, sur un clignement d'yeux On aiguisait l'épée au tombeau des aïeux Et l'on courait chercher la mort qui glorifie; Et, n'ayant qu'un dédain superbe pour sa vie, Le montagnard bien plus aisément la donnait Que l'aile de faisan piquée à son bonnet. Mais cette Écosse-là, l'Ecosse de vos pères, Elle n'existe plus, ô gens des Hautes-Terres ! Il est mort, l'étendard autrefois triomphant, Que pleurent seuls ici l'aveugle et son enfant ! Sa tombe n'est pas prête, a-t-on dit? Je m'en charge ! Je la ferai profonde, et je la ferai large; Car il convient aussi de jeter au fossé Toute la gloire et tous les malheurs du passé... Disparais, reliquaire aimé de la patrie! Lourdes clefs des prisons de la reine Marie, Hache qui la frappas, à la tombe, au fumier ! Spectre pâle et sanglant du Roi Charles premier, Donne-nous, pour la fosse et pour la pourriture, Les instruments sacrés de ta longue torture,