ACTE I, SCÈNE V
enseigne la défiance. Bien que je ne pénètre pas les causes de votre soudaine bienveillance, je m'y abandonnerais peut-être... mais, partout où j'entre, je prétends que ce soit par la grande porte et sans me baisser. Je ne veux mettre mon ambition qu'au service de ce que je crois bon et juste. Pardon si j'insiste, mais avant d'écouter les propositions qu e vous avez sans doute àme faire, je dois vous déclarer que vous avez devant vous un homme d'honneur.
LE DUC
Mais je n'ai rien à vous proposer! Tranquillisezvous, vertueux puritain; je ne cherche pas à vous entraîner dans une intrigue... Je n'ai ni ministre à faire tomber, ni archiduchesse à compromettre, je vous assure. La politique, qui vous tente, estime vilaine science. C'est moins fin que l'escrime ou les échecs, et plus sale que la chimie, et jamais je ne consentirai à y tremper mes mains de gentilhomme.
Mais alors, je ne comprends pas...
LE DUC
Ecoutez donc. Je suis le plus fatigué et le plus ennuyé des hommes. Les désirs inassouvis vous menaient au suicide ; moi, je me tuerai peut-être un
jour par satiété. L'empire de Charlemagne serait à prendre que je ne ferais rien pour l'obtenir, la chose fùt-elle aussi aisée que de siffler mon chien. Or, je trouve en vous mon antipode et l'homme le plus formidablement bardé d'illusions que j'aie encore rencontré. Je veux vous voir aux prises avec la vie. Cela me passionnera toujours autant qu'un combat de coqs. . . Ce n'est pas que je croie à votre génie, au moins ! . . . fumées d'unejeune imagination qui prend le désir pour la volonté. Vous voulez planer comme un aigle, et vous périrez sans doute comme un moucheron, dans la toile d'araignée d'une intrigue diplomatique. La femme aux pieds de laquelle vous rêvez de mettre votre gloire, vous la surprendrez un jour avec son valet de chambre... et ne parlant pas métaphysique... Mais, enfin, vous me plaisez; vous avez dans les yeux le regard d'acier des hardis chercheurs d'aventures, et je ne laisserai pas un beau et vaillant garçon se tuer pour des billevesées qu'avant six mois vous mépriserez comme moi. Voyez, je suis bon diable et ne vous propose de signer aucun parchemin rouge. Je n'ai rien de commun avec le Méphistophélès de M. de Gœthe, le conseiller du duc de Saxe-Weimar, et je vous offre une assistance désintéressée. Je tiendrai toutes mes